ROMANS

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ROMAN N°01 : "L'école dont l'instit est un cancre"

Interview lors de la sortie du second tome:

 

Ed.Praelego- 2ème volume

ROMAN N°02 : "le Lézard dans le buffet"(Extrait)

 

 

ROMAN N°3 : "Lucile Galatte ou le temps des gauloises bleues"

Ed.Velours - Amazon - La Fnac - Gibert jeune

ROMAN N°04 : "Le bal des pourris"....


ROMAN N°05 : La Lieutenant au jupon rouge

ROMAN N°06 : Popaul, l'enfant qui voulait aller au ciel retrouver sa mère.

 

Le Pythagore éditions www.lepythagore.com

ROMAN N°07 :Sacré Popaul !

Le Pythagore éditions
www.lepythagore.com

ROMAN N° 08 :Popaulissime !

Le Pythagore éditions
www.lepythagore.com

ROMAN N° 09 Signé Popaul
Parution mars 2019 http://www.lepythagore.com
ROMAN N° 10 La carte à jouer

Parution Mars 2020 http://www.lepythagore.com

ROMAN N° 11 La chair salée À paraître

ROMAN N° 12 Riton le facteur et son chien Marcel...en tournée.


Le Pythagore éditions
www.lepythagore.com

ROMAN N° 13 L'or de la Barse Parution prochaine
ROMAN N° 14 Popaul: scout toujours prêt! En attente de publication
ROMAN N° 15: Dis maître...Est-ce que tu veux bien être mon père?"

En attente de publication

 

ROMAN N° 16 .Et mon coeur de battre comme un joli p'tit tambour Parution Septembre 2019 http://www.lepythagore.com

 

LE CHALLENGE: PUBLICATION CHAQUE MOIS DE NOUVEAUX CHAPITRES ECRITS AU JOUR LE JOUR

 

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........................ ............ET MON CŒUR DE BATTRE

COMME UN JOLI P’TIT TAMBOUR


Christian Moriat

 

CHAPITRE 21

LES ÉTRENNES DE MIETTE


« Du carton-de la colle, des ciseaux et du papier … » Silence ! Je travaille. « Du carton, de la colle, des ciseaux et du papier… »… « Du carton, de la colle… »
À force d’être tout le temps avec mon tambour, je suis tambour. Je pense tambour. Je respire tambour. Je parle tambour. Je marche tambour. Je mange tambour. Je… Ce n’est pas banal. Mais c’est comme ça. En un mot :
« JE VIS, DONC JE VIBRE ! »

En ce moment, c’est pour Miette que je vibre. Vous ne comprenez pas ? C’est bien simple pourtant.
Je m’explique :
Comme elle a plaidé ma cause auprès du Père Noël, je veux la récompenser, en lui offrant des étrennes. Histoire de renvoyer l’ascenseur. Mais pas seulement ! Car Miette, c’est mon étoile. Mon soleil à moi. Celle qui brille quand l’autre s’éteint. Et je l’aime…je l’aime au-delà de ce que vous pouvez imaginer.

Or, si je suis pauvre en argent, je suis riche des dix doigts que ma mère m’a donnés. Et avec eux, je peux faire des tas de choses. Qui rivaliseront avec les plus beaux jouets qu’on voit dans la vitrine « bonbons-pâtisseries-jouets », de chez Bluet.

Sur mon bureau, j’ai sorti des boîtes à œufs en carton. Des morceaux de papier peint. Des coupelles de papier-gâteau. Ceux qui ressemblent à des napperons en dentelles – merci monsieur Marcel! –. Je les ai nettoyés. Parce qu’il y avait encore du pudding dedans.
En ce moment, je les découpe. Le côté pointu de la boîte formera le cou. Le côté bas – à l’endroit où on met les œufs et qui s’évase –, sera le corps. Pas besoin de pieds ! Sinon, ma petite amie ne pourra pas passer le doigt à l’intérieur.
Vous l’avez compris. Je lui fabrique des marionnettes à doigts. Génial, non !?
Une dernière découpe : toujours côté pointu. Et voilà la tête ! Laquelle glisse le long du cou. Trois ronds noirs au stylo pour les yeux. Une virgule rouge pour la bouche… Et le tour est joué. Souriez, marionnettes ! Vous êtes filmées !
Après, il n’y a plus qu’à soigné la décoration. Une grande cape bleue, découpée dans du papier, pour mon petit personnage. Puis, une casquette réalisée avec le fond de la boîte. Sans oublier… le petit tambour !
Vous avez deviné… ? Gagné ! C’est une apparitrice.

Même chose pour le couple :
D’abord, pour l’homme…Allons ! Allons ! Un peu de classe ! Queue de pie peinte à la gouache. Bouchon pour le gibus. Et canne en noisetier – ça se tord facilement –. Parfait, parfait.
Ensuite, pour la ménagère…
Robe en papier peint. Tablier de dentelle – merci encore Marcel Bluet ! –. Deux fonds de boîte pour le chapeau-cloche et le petit panier – on dira qu’elle revient des commissions –. Et hop ! Terminé !
(C’est incroyable ce qu’on peut faire avec des boîtes à œufs en carton !)

Mais, attendez ! Attendez ! Ce n’est pas fini !
Avec une boîte à chaussures, du tissu rouge et un peu de peinture, je construis un joli castelet…
Et hop ! C’est fait.

Bref ! On a la scène. On a les acteurs. Le tambour de ville et deux représentants du public… Ne manque plus que la mise-en-scène. Mais pour cela, je fais confiance à Miette.
« AVISS À LA POPULATION… ! »

– Oh ! Comme c’est joli, qu’elle fait, la petite, quand je lui apporte mon chef-d’œuvre.
Et j’en suis bien récompensé. M’attendant à une bise, j’en reçois deux. Ce qui me paie de ma peine. Au-delà de ce que j’avais imaginé.
Puis, elle prend une feuille de papier dessin et peint l’église saint Pierre, avec sa place, ses arbres et ses rues… C’est vrai. J’avais oublié le décor de fond de scène.

CHAPITRE 22

APPRENTISSAGE


Avec ma mère, on s’est entendus.
– Toi tu commences. Et moi, je continue, qu’elle m’avait dit.
C’est pourquoi, ce matin, nous sommes tous les deux, Place de la Halle.
Et ran ran…plan plan plan… que je fais, avec mon tambour de chez Bluet « bonbons-pâtisseries-jouets ».
. Hélas ! Sur le pas des portes…pas un chat. À part un passant ou deux, qui se sont arrêtés. Intrigués de voir mère et fils, équipés chacun d’un tambour – un gros et un petit.
Pas de quoi pavoiser.

La faute à mon instrument, c’est sûr ! Le son n’est pas le même que celui de maman. Le mien est plus doux. Plus sucré. Plus… (Forcément ! Vu qu’il vient de chez Bluet) Alors que le sien est plus dur. Plus acide. Plus provoquant. Plus…interpellant.

– Mais non, qu’elle rétorque. C’est parce que tu ne joues pas assez fort. Comment veux-tu qu’ils t’entendent ? Ils sont calfeutrés dans leur maison. À vaquer à leurs occupations. Ils ont l’esprit ailleurs. Tu comprends ? C’est à toi, à capter leur attention. Pour les obliger à sortir.

Et ran ran…plan plan plan… Je me reprends. Avec davantage énergie… Sans plus de résultat. Déprimant !
Pour mes premiers pas, franchement, je suis déçu.!
– C’est normal. Ils ne sont pas habitués à tes roulements de tambour. Ils ont le mien en tête et pas le tien. Puis d’abord, ce n’est pas ran ran…plan plan plan… mais Ran ran… rapataplan ! Ran ran… Et Plan plan plan plan plan plan plan !, qu’elle ajoute, en faisant une petite démonstration, avec ses baguettes.
Ô miracle ! Les gens ont reconnu la frappe de ma mère. Les voilà qui commencent à venir.
– Allons-y ! Tous les deux en même temps ! qu’elle fait.
Ran ran… rapataplan ! Ran ran… Et Plan plan plan plan plan plan plan !
– Vas-y ! Continue tout seul!

Le résultat est au-delà de mes espérances. Malgré le bruit, j’entends les commentaires :
– Tiens ! À la mairie, ils ont embauché du personnel ?
– Le p’tit a un joli coup de baguettes !
– C’est’i’ que madame Ferrières veut rendre son tablier ?
– ?a sent le passage de témoin.

« AVIS À LA POPULATION… ! »
Et ma mère de commencer son annonce… Annonce que je conclus, par un solo improvisé, plein de fougue, de foi, de conviction… et de promesses aussi.
– Maintenant, qu’elle m’avertit. Nous battrons tambour en même temps. Et au même rythme.

Ce que nous avons fait par la suite. Même qu’au début ce ne fut pas simple. Car on devait rester « synchro ».

C’est ainsi que commença mon apprentissage. Même que plusieurs jours plus tard, elle ajouta deux ou trois stations à sa tournée. Stations où j’exerçai seul. Dans des endroits reculés. Où ne venait personne. Rue du Coq, par exemple, Chemin de Massacre ou ruelle des Fourneaux. Je m’en contentais. Paris ne s’étant pas fait en un jour, il fallait bien commencer par faire mes classes.

Puis, peu à peu, celles-ci furent abandonnées. Au profit d’autres, plus passantes. Histoire de doubler celles déjà existantes. Ce qui fait que les riverains, qui habitaient un peu plus loin, n’eurent plus à se déplacer pour entendre la bonne parole.
– Enfin ! On pense à nous !
– Pas trop tôt !
– Pourtant, on payait aussi nos impôts.

C’est ce qu’on entendait aux abords de la poterie, par exemple. Au carrefour de la Conciergerie, rue de la Porte Dorée. Ou rue Théophile Boutiot, près de la maternelle. Tous, des lieux où jamais, elle ne se rendait, auparavant.
Et tout le monde était content. Surtout du côté de ceux qui s’estimaient laissés pour compte.

Puis, la vie de continuer ainsi. À la grande joie de Miette, ma plus fidèle supportrice. Jusqu’au merveilleux jour où…

 

CHAPITRE 23

UNE BONNE NOUVELLE


Ça y est ! Monsieur Roselier, le cordonnier, m’a fait appeler. Mon baudrier est prêt. Mais j’ai honte. Quand je demande des sous à maman, elle me regarde, hésite, vide son porte-monnaie sur la table. Et murmure :
– J’espère qu’il y en a assez.

Je trouve que ça fait un peu juste. Mais je ne dis rien. De peur de la vexer. Parce que si notre budget est dans le rouge, c’est quand même un peu à cause de moi. Vu les dépenses qu’elle a faites pour Noël, en recevant Miette et ses parents… Mais, est-ce qu’elle pouvait faire autrement ? Certainement pas. Puisque c’est grâce à eux si j’ai eu mon tambour.

Or, connaissant ma mère, elle n’avait pas voulu leur être redevable. Il faut la comprendre aussi. Elle a sa fierté. D’autant plus qu’un cadeau reçu doit obligatoirement être compensé par un cadeau rendu. C’est la règle chez nous, les Ferrières.
Pareil pour les services. Un service rendu doit toujours être payé de retour. C’est comme cela qu’elle a été élevée. C’est comme ça qu’elle m’élève. Et chacun d’y trouver son compte.

Certes, le vin, les épices et les ingrédients pour la fabrication des sablés, vous allez me dire que ce ne sont pas des « dépenses somptuaires » – comme dirait maman –. Sans doute. Mais chez nous, qui sommes obligés de compter, un sou est un sou. Conclusion, ce que nous avons dépensé là ne pourra pas être dépensé ailleurs. C’est pourquoi, pour régler le cordonnier, cela ne va pas être simple. Je le sens.
C’est vrai aussi que la fabrication d’un baudrier ne pressait pas. Mais ma mère était si heureuse pour moi, qu’elle s’était un peu emballée. Même qu’elle commençait à le regretter… Même si elle n’osait pas me l’avouer. Pour ne pas me culpabiliser.
En plus, comme elle me l’avait promis, c’était difficile pour elle de revenir en arrière. Chose promise chose due, faisant également partie de nos principes.

Enfin, si j’ajoute que monsieur Guiberler est l’ancien patron de maman, elle voulait lui montrer qu’une petite ouvrière comme elle, était capable d’être à la hauteur. Même si la collation offerte n’avait rien de gastronomique. Mais c’est égal. On doit toujours donner en fonction de ses moyens. Car c’est l’intention qui compte.

– Essaie-le, me fait monsieur Roselier.
Il est beau. Il est grand. Il est large. Il est blanc. Il me va comme un gant.
– Et les baguettes, tu peux les attraper facilement ? (Comme quoi, j’avais bien fait de les emporter.)
– Pour les attraper, ce n’est pas un problème. Par contre, pour les glisser dans leur logement, c’en est un.

Le cordonnier m’explique que ceux-ci ont été cousus au plus près. Mais que « ça va se faire ». À l’usage.
Par contre, quand il m’indique le prix à payer, je manque de me trouver mal.
– Pas grave, qu’il me dit. Je connais la maison. Tu me paieras quand tu pourras.

Et ma mère fut bien malheureuse quand je lui ai raconté cela… Elle, qui ne doit rien à personne.

CHAPITRE 24

UNE BONNE NOUVELLE N’ARRIVE JAMAIS SEULE


Monsieur Guiberler a demandé à ma mère de passer à l’usine. Et celle-ci est bien étonnée, qui n’a pas cessé de répéter : « Mon Dieu ! Mon Dieu ! Qu’est-ce qu’il me veut ? Qu’est-ce qu’il me veut ? », avant de se rendre dans son bureau de la rue Dauphine.
Elle est dans tous ses états. Mais, il y a de quoi. Pensez donc ! Le grand bonnetier de Vendeuvre, qui la convoque. Ce n’est certainement pas pour lui parler de la pluie et du beau temps.
Tout de suite, elle a pensé qu’elle avait failli dans son travail. Vu que, de temps en temps, il lui confie des petits travaux à faire à la maison. Et comme elle est toujours en train de courir partout, dans le tas, elle lui a peut-être rendu un article qui laissait à désirer.
Bref ! Elle tremble.

De mon côté, j’en suis à me demander si cela n’aurait pas plutôt un rapport avec Miette et moi ? D’autant plus que ma petite amie ne m’en a pas parlé. Ce qui est curieux.
J’ai beau faire mon examen de conscience, comme dirait monsieur le curé, je ne trouve pas.
Madame Guiberler pense peut-être qu’elle est trop bien pour moi ? (Voilà que je parle comme mon père maintenant ! ? la fois où il cafardait, parce que ma mère n’avait pas pu se rendre à son rendez-vous, près du lavoir du Pré Saint Georges.)
Mais c’est peut être aussi un bon signe ?
L’avenir nous le dira. Ne brusquons pas les choses.

N’empêche que je ne suis que l’enfant du tambour de ville ! Alors qu’à Vendeuvre, des fils de bonne famille, il y en a d’autres. Que Miette pourrait fréquenter…
Les enfants du comte Hubert de La Motte-Beaufort, par exemple ? parents et grands-parents étant les seuls au pays à pratiquer, chaque matin, le baisemain, avec leur épouse respective ?. Et qu’on ne voit qu’une fois par semaine, à la grand-messe. Raides comme des piquets. Sur des bancs réservés à leur nom. Et qui fréquentent les écoles privées comme Saint Pierre ou Saint François de Salles. Ce qui n’est pas mon cas. Ni celle de ma petite amie, d’ailleurs. Qui fréquentons, la communale, tous les deux.
Il y a aussi, le fils du général Bonnard, lequel s’est retiré avec sa famille, dans ses terres du Val Joli. Après avoir fait construire un mur de trois mètres de haut autour de sa propriété. Ce qui ne facilite pas le contact. D’autant plus qu’à certaines heures du jour et de la nuit, on entend des tirs de fusils et de mitraillettes, qui font hurler les chiens. Et dresser les cheveux sur la tête de ses concitoyens.
Enfin, il y a le fils de Gaston Belin, « Vins et spiritueux en gros. » Dont le grand-père a bâti tout un empire, en vendant son jus de raisin aux armées de la grande guerre. Histoire de leur faire chanter la Marseillaise avec entrain, au moment de passer à l’attaque.
Tous du même âge que moi !
Après…il y a moi. Un gamin tout simple. Fils d’un ancien cheminot et d’un tambour de ville. Mais gai comme un pinson, depuis qu’on lui a offert un tambour. Comme sa mère.
Après…après, tout en bas de l’échelle, il y a mes copains Jean-Louis Boucher et Bernard Perthuis, les deux petits pauvres. Ce qui ne les empêche pas d’être adorables. Contrairement à Vergeot et sa bande de rastaquouères. Mais, et au risque de me répéter, ceux-là ne méritent pas qu’on en parle.

Bref ! J’espère que nos jeux, entre Miette et moi, ne vont pas en pâtir. De toute façon, moi j’ai besoin d’elle pour m’applaudir, quand je fais mes annonces dans les rues. Et elle, elle a besoin de moi pour jouer à la marchande. Alors…

À moins qu’il reproche à maman son dernier remplacement ? La fois où elle avait dû faire l’intérim lorsqu’une petite main s’était blessée, dans la rue Saint Pierre en glissant, avec son vélo, sur une plaque de verglas.
Ce qui est bien avec maman, c’est qu’à l’usine, elle peut occuper n’importe quel poste. De celui de raccoutreuse en passant par ceux de couseuse, surjeteuse, ourleuse, surfileuse, piqueuse… Et ainsi de suite.
Mais, il y a longtemps de ça… Même que c’était bien avant Noël. Puis elle n’avait travaillé qu’une quinzaine de jours, à peine. C’est vrai que cela suffit pour faire une boulette.
À moins que ce soit pour une toute autre raison. Alors, laquelle… ? Non. Je ne vois pas.
C’est pourquoi j’attends son retour. Même qu’en l’attendant, je joue du tambour, dans la cour. Pour tromper mon impatience.

Une porte qui claque. Une arrivée en coup de vent. C’est elle !
– Alors ?
– Oh ! Que je suis heureuse ! Que je suis heureuse… ! Il y a une ouvrière qui se marie. Comme son fiancé travaille à Reims, elle part dans quinze jours. Et je la remplace !

Je suis content pour elle. Finies les vaches maigres. On va pouvoir payer le cordonnier.

CHAPITRE 25

RETOUR VERS LA STABILITÉ


Maman et moi, nous retrouvons une vie plus stable. Avec des lendemains moins difficiles ? merci monsieur Guiberler.
Elle part au travail le matin, de bonne heure. Revient à la maison pour midi. Repart à une heure et demie. Et est de retour le soir, vers six heures ? pendant ce temps-là, moi, je suis à l’école. Et lorsque j’en sors, c’est pour la seconder, en remplissant des tâches ménagères. ?a la soulage.
Même qu’hier, elle n’a eu qu’à se mettre les pieds sous la table. J’avais fait des nouilles et préparé du bouillon de légumes. Avec l’aide de Miette pour éplucher les pommes de terre et râper les carottes. Car, dans la cour, nous avons un potager ? oh, tout petit petit ! ?, que nous avons toujours entretenu avec soin. Parce que, après la mort de mon père, le travail de maman n’était pas régulier. Œuvrant une heure par ci, une heure par là. Quittant un tel pour se retrouver l’instant d’après chez une telle. Subissant les humeurs de celui-ci, les exigences de celle-là. Se demandant chez qui elle allait se rendre le lendemain. Quand, au dernier moment, on ne lui demandait pas de rester chez elle ? ses employeurs de fortune lui faisant savoir qu’ils n’avaient plus besoin d’elle ?. Même si chacun s’accordait à reconnaître ses capacités.
Et tout cela… avec le sourire.

À présent, on sait de quoi demain sera fait.
Aussi notre train de vie de s’en trouver nettement amélioré. Je le constate au pudding de la maison Bluet qu’elle m’offre, au dessert, chaque dimanche, après la grand’messe. Celui-ci ayant remplacé le cornet de miettes, qui, il y a peu, m’apparaissait si fameux ? nous étions montés d’un cran.

Je continue de l’accompagner dans les rues, avec mon petit tambour. Même qu’au début, elle a eu peur de perdre sa charge d’apparitrice de mairie. Vu qu’elle est employée à plein temps, à l’usine de bonneterie. Ce qui n’aurait pas été gravissime, car, je m’étais proposé à la remplacer ? même que je l’avais espéré, sans oser le lui dire…
Malheureusement pour moi, le père de Miette, constatant que mettre fin à sa carrière de tambour, constituait pour elle un véritable crève-cœur, l’autorisa à poursuivre. Sous réserve de rattraper le samedi, le temps consacré à la lecture des arrêtés municipaux. Ou même des annonces de simples particuliers qu’on lui donnait parfois ? ce qui lui permettait d’améliorer son ordinaire avec les pourboires qu’on lui remettait.

Tant pis pour moi ! Mais la joie de la titulaire était telle qu’elle compensa ma déception. Puis, de toute façon, l’heure n’était pas encore venue pour mon ombre, de la dépasser.
Néanmoins ? et à son insu ?, je décidai de corser nos tournées. En ajoutant, encore, quelques stations supplémentaires. Ou en jouant le samedi ? quand elle allait « rattraper », histoire de parader avec mon joli baudrier ?. Mais loin de la rue Dauphine, pour être certain qu’elle ne m’entende pas. Les séances d’entraînement sur la route de Villy-en-Trodes, au milieu des troupeaux de vaches de Francette Merlerot, ne me suffisant plus. J’avais pris du galon.

Justement, c’est au cours d’une de ces nouvelles stations, que se produisit L’évènement…


À SUIVRE

 

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