ROMANS

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ROMAN N°01 : "L'école dont l'instit est un cancre"

Interview lors de la sortie du second tome:

 

Ed.Praelego-2ème volume

ROMAN N°02 : "le Lézard dans le buffet"(Extrait)

 

 

ROMAN N°3 : "Lucile Galatte ou le temps des gauloises bleues"

Amazon - La Fnac -

ROMAN N°04 : "Le bal des pourris"....

https://www.atramenta.net/ebooks/le-bal-des-pourris/1225

ROMAN N°05 : La Lieutenant au jupon rouge Épuisé

ROMAN N°06 : Popaul, l'enfant qui voulait aller au ciel retrouver sa mère.

 

Le Pythagore éditions www.lepythagore.com

ROMAN N°07 :Sacré Popaul !

Le Pythagore éditions
www.lepythagore.com

ROMAN N° 08 :Popaulissime !

Le Pythagore éditions
www.lepythagore.com

ROMAN N° 09 Signé Popaul

Le Pythagore éditions
http://www.lepythagore.com

ROMAN N° 10 La carte à jouer

Compte-rendu du comité de lecture

ROMAN N° 11 La chair salée a disparu

https://liralest.fr

ROMAN N° 12 Riton le facteur et son chien Marcel...en tournée.



www.lepythagore.com

ROMAN N° 13 L'or de la Barse

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À lire

ROMAN N° 14 Popaul: scout toujours prêt!

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ROMAN N° 15: Dis maître...Est-ce que tu veux bien être mon père?"

En attente de publication

 

ROMAN N° 16 .Et mon coeur de battre comme un joli p'tit tambour

http://www.lepythagore.com

ROMAN N° 17 : Un amour de Popaul En attente de publication
ROMAN n° 18:: Marie des Varennes En attente de publication
ROMAN n° 19:: Le maître d'école et la fille du vent En attente de publication
ROMAN n° 20:: Popaul et le p'tit vendeuvrois. En attente de publication
ROMAN n° 21:: Un petit soulier rouge dans la neige blanche

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ROMAN n° 22:: Qui en veut au coq du clocher? ¦À proposer à l'édition
ROMAN n° 23:: Le temps des loups À proposer à l'édition
ROMAN n° 24:: J'ai l'honneur de vous dire... que vous n'êtes pas invités à mes funérailles À proposerà l'édition
ROMAN n° 25:: Laurine

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ROMAN n° 26:: L'itinéraire d'un crétin À proposer à l'édition
ROMAN n° 27:: Les becs brûlants À proposer à l'édition
ROMAN n° 28: Supporters êtes-vous là? A proposer à l'édition

 

– LE CHALLENGE: PUBLICATION CHAQUE MOIS DE NOUVEAUX CHAPITRES ECRITS AU JOUR LE JOUR –

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SUPPORTER ÊTES-VOUS LÀ ?

Christian Moriat

 

CHAPITRE 7

Échanges

 

Dimanche après-midi. Quinze heures douze précises. Coup de sonnette discret dans la maison familiale. Jérôme s'en souviendra toute sa vie. Car c' est le jour et l'heure à marquer d'une pierre blanche. Mais de quel événement s' agit-il ? Sûr que pour nul autre que lui, il s' agirait d'un non-événement. Mais pas pour notre ami. Alors, qu'est-ce donc... ? C' est l'arrivée de Marinette. Bien entendu.
Depuis la veille, il était très excité. Ce qui avait fait sourire des parents conscients que cette visite revêtait un caractère bien particulier pour leur fils. Lequel n'avait pas cessé de parler de la jolie baigneuse, rencontrée pour la première fois au lac. Vantant ses multiples qualités. Sa gentillesse. Sa douceur. Sa gaieté. Sa simplicité. Et surtout sa passion dévorante pour les livres. Officiellement, la petite vendeuse de la Maison de la Presse, venait – expliquait-il –, le « dépanner en math ». Mais ses géniteurs ne s'y étaient pas trompés. Le prétexte était cousu de fil blanc. Son enthousiasme débordant laissait présager bien autre chose. Leur fiston était bel et bien amoureux. C'était évident.
Déjà, ce matin, il avait tout déballé dans son armoire. Quelle chemise allait-il mettre ? Quel pantalon ? C'est ce qu'il avait demandé à une mère amusée et flattée qu'il lui demande son avis. Mais, lorsque l'on reçoit une jeune fille, qui solliciter, sinon une autre femme ?
Sa première intention avait été d'enfiler son survêtement bleu, celui qu'il met pour assister aux matches de son équipe favorite. Avec, par dessus, un maillot de l'OM. Ce qui lui avait été déconseillé par l'auteur de ses jours, trouvant l'idée puérile. D'autant plus que, la jeune visiteuse, au football, « n'y entendait que couic. » C'était ce qu'elle lui avait expliqué. D'ailleurs, c'était bien lui qui le lui avait appris.
Ensuite, après changement de tenue, il avait fait le choix de s'endimancher. Avec complet-veston gris, souliers vernis noirs, chemise blanche, boutons de manchettes et nœud papillon. Quand elle le vit franchir la porte de sa cuisine, où elle préparait un gâteau pour l'occasion, elle ne put s'empêcher de rire. Tant l'effet était saisissant. Aussi, le renvoya-t-elle dans sa chambre, pour se rechanger.
– Habille-toi, avec des vêtements plus décontractés. Jeans, baskets et chemise blanche en lin.
C'était ce qu'elle avait préconisé. De façon à montrer à la jeune invitée qu'il était sportif. Sans tomber dans l'exagération.
Bien entendu, il fit tout le contraire : chemise noire et pantalon blanc. Et mules aux pieds. Car, avait-il expliqué, « Un hôte n'a pas à porter des chaussures, fussent-elles de sport, puisqu’il ne sort pas. Vu que c'est lui qui reçoit », avait-il déclaré Mais quand il se regarda dans la glace, il se rendit compte qu'il était si ridicule, qu'il s'était empressé de réenfiler ses baskets.

Bref ! Prêt, il l'est deux heures.
Coiffé, parfumé, pommadé, il bout. L’œil rivé sur la pendule murale. Avec la forte envie d'avancer les aiguilles, s'il en avait eu la faculté.
Soudain, une idée le hante. « Et si elle ne vient pas ? » D'autant plus qu'elle n'a pas fixé d'heures. Même qu'il avait craint qu'elle vienne ce matin. Ce qui aurait été incongru. Toute visite, quelle qu'elle soit, se faisant généralement l'après-midi. Jamais avant midi. Surtout lorsqu'il est question d'une toute première fois.

Il se lève du fauteuil. Pose le magazine qu'il essayait de lire. Piétine. Effectue deux ou trois allers-retours. Se regarde dans la glace. Rectifie son col de chemise. Revient. Se rassoit. Se relève... Il ne tient plus en place.

Quinze heures !
Ça y est. On a sonné. Il en tremble. À tel point qu'il ne tient plus sur ses jambes. Mais quand il faut y aller, il faut y aller.
Il ouvre la porte... Zut ! Fausse alerte ! C'est le voisin qui apporte des œufs. « De ses poules », précise-t-il. Comme si, à cet instant si précieux pour notre ami, cela était digne d'intérêt.
Il appelle sa mère. Elle vient. Remercie le visiteur. Le paie. Échange quelques mots. Puis referme la porte, une fois celui-ci parti.

Longue est l'attente pour notre ami qui tapote nerveusement le bras du fauteuil sur lequel il vient de se rasseoir.
Quinze heures douze – comme indiqué plus haut...
Nouveau coup de sonnette discret – léger comme celui d'une souris. Cette fois, c'est elle. Et bien elle. Rayonnante. Souriante. Gracieuse. Dans un élégant tailleur bleu.

Après avoir été présentée à des parents, qui, déclareront-ils plus tard, la trouveront non seulement « jolie », mais également « très comme il faut », la jeune fille est invitée à pénétrer dans le sanctuaire du jeune homme – sa chambre, entièrement dédiée à l'OM.
Elle est stupéfaite. Entre sa passion pour la littérature et le culte de son hôte pour le ballon rond, c'est le choc des cultures.
Jusqu'où peut aller l’idolâtrie d'un groupie qui s'identifie complètement à son club de cœur ? Au point de s'y immerger totalement ? Elle ne comprend pas. D'autant plus que le temple du football qu'il fréquente, est situé à plus de sept cents kilomètres de Varèges ! Et qu'il faut pratiquement huit heures de route pour s'y rendre ! Et autant pour en revenir ! Le voyage s'effectuant dans l'inconfort d'un car ! – de tourisme, certes, mais d'un car tout de même.
Et quand il lui apprend qu'il fait partie des Janke de Champagne, qu'il se rend non seulement au stade vélodrome de Marseille pour assister aux matches de son équipe-fétiche mais qu'il suit les trois-quarts de ses déplacements, dont certains à l'étranger, elle est sidérée.
Puis, quelle débauche dans cette chambre, avec ses fanions, ses maillots, ses drapeaux, ses banderoles affichés sur des murs où il n'y a plus une place de libre et tous ses menus objets à la gloire de l'OM, qui traînent partout. C' est à ne plus pouvoir y poser les pieds ! C' est à ne plus oser bouger de peur de casser quelque chose.
Immédiatement, et par la pensée, elle tente d'établir un parallèle entre son amour pour les écrivains et leurs écrits et « sa folie » à lui – comment l'appeler autrement ? – envers un sport et un club, qui, d'après ce qu'elle comprend, lui mange, non seulement son temps et son argent, mais réduit son existence en état de totale servitude. La caverne d'Ali Baba qu'elle a sous les yeux le confirme. Les Janke, c' est une secte, qui ne dit pas son nom. Et son nouvel ami, qui n'a pour horizon que le dieu ballon, est victime de sa dépendance. En fin de compte, et quand elle y réfléchit, qu' est-ce que cela lui apporte ?
Elle, au moins, elle lit. Elle s'enrichit – même s'il ne s'agit que de fiction. Elle tremble. Rit. Pleure. S'émeut. S'émerveille. S'ouvre au monde. Quitte un univers pour entrer dans un autre, une fois la dernière page du livre qu'elle vient de lire, refermée. La magie de l'écrit, lui offrant l'opportunité de voyager avec cette mystérieuse faculté de changer d’existences qui, à chaque fois lui permet de s'inviter dans celles des autres. Tout en restant sur place. Car « le lecteur, au cours de son existence, vit mille vies avant de mourir. Contrairement à celui qui ne lit pas et qui n'en vit qu'une, la sienne », comme l' écrira plus tard Georges RR Martin, l'auteur du « Trône de fer ».
Un livre c'est un spectacle. Une harmonieuse jonglerie de mots. Une féerie. « La lumière est dans le livre, laissez-le rayonner », avait encore dit Victor Hugo.

Jérôme n'a aucun doute sur les pensées, qui agitent à cet instant la jeune fille. Aussi, après avoir débarrassé un fauteuil de tout ce qui l’encombre, la prie-t-il de s'asseoir pour mieux se justifier. Tant sa visiteuse est médusée face à une telle débauche.
Il lui explique sa passion pour le football en général et pour l'Olympique de Marseille en particulier, réputé pour sa science du beau jeu. Et son sens du spectacle – contrairement à ce qu'elle pense. Ainsi que la joie intense éprouvée lors des victoires de son équipe préférée et a contrario les frustrations endurées en cas de défaites. Selon lui, le ballon rond étant avant tout une fête, qui est susceptible de provoquer d'intenses émotions. Or, celles-ci sont d'autant plus fortes lorsqu'elles sont partagées avec d' autres aficionados comme lui.
Il vante également le rôle de stratège mené par l'entraîneur Juan Miguel Romerino. Qu' il compare ni plus ni moins à un chef de guerre comme l' a été Napoléon, lors de la bataille d'Austerlitz. Avec une stratégie qui lui est propre. Laquelle a le pouvoir de s'adapter à l'actualité du jeu proposé par l'adversaire. Puis d'y apporter des réponses.
– Il y a des matches, qui sont de purs chefs-d’œuvre, s'enflamme-t-il. Et ils le sont d'autant plus, quand la tactique offensive et défensive sont au diapason. Ce qui est bien souvent le cas à Marseille, ajoute-il, en toute subjectivité.
Comme il le souligne aussi, le bon joueur, qui est une véritable icône, a cette faculté de se mettre au service d'un collectif, afin de construire La victoire. Il ne joue pas à la baballe, comme le pense le profane. Non. Et il n'est pas non plus le débile mental tel que le commun des mortels se le représente. Non. Il a une véritable vision du jeu. En clair, résume-t-il, c'est comme dans un orchestre où il serait le musicien et où le coach serait le chef dont la mission est de faire jouer tout le monde ensemble. Chacun ayant une connaissance claire de sa partition. Mais gare à celui qui commet une fausse note ! Non seulement, il met son équipe en danger, mais il prive le supporter de l'état affectif qu'il est en droit d'attendre. Et pour lequel il a consenti des sacrifices, en prenant place dans les tribunes.
C'est alors qu'intervient « Le douzième homme » qui, par ses encouragements, qui, par ses exhortations, par ses cris, par ses chants, voire ses danses – sautillements sur place, pour la plupart du temps –, pousse son équipe vers la victoire, grâce à ce supplément d'âme qu'il lui apporte. Ce n'est donc pas seulement un jeu. C'est un enjeu. Où il faut vaincre à tout prix. Quitte à mettre la pression sur l'équipe adverse.
– « Vaincre ou mourir », telle est la devise du supporter, conclut-il, en lui adressant un clin d’œil amusé – formule dont elle se demande si elle doit la prendre à la lettre ou au second degré.
« Curieux garçon », se dit-elle « Pense-t-il vraiment ce qu'il dit ? »... « Est-il sérieux ? »... Ou « Ne l'est-il pas ? »

Et, les soirs d'après matches, reconnaît-il, il est fier d'avoir participé à un succès, qu'il s'approprie. Car il sait qu'il y est pour quelque chose. Vu que celui-ci, a été construit, non seulement grâce à l'action des joueurs sur le terrain, mais également grâce au soutien venu des gradins.
Le football, poursuit-il est une forme d'expression culturelle qui casse la barrière intergénérationnelle. Puisqu’elle fait autant vibrer les jeunes que les vieux. Des hommes et des enfants, jusqu'aux femmes.
Qu'il est loin le temps des Dugauguez ou des Arribas, où les défenseurs ne montaient jamais pour appuyer l'action des attaquants ! Maintenant, chacun apporte sa contribution. C'est ce qui donne ce dynamisme, cet allant au jeu, qui n'existaient pas auparavant.
– Ne serait-il pas plus préférable de suivre les matches à la télévision ? s’enquiert-elle.
– C'est ce que je faisais autrefois. Mes parents n'ayant pas Canal+, j'allais les regarder chez mes voisins. Mais rien ne vaut l'ambiance des gradins. Où l'on rit ensemble. Où l'on stresse ensemble. Où l'on est abattu ensemble. Car, au risque de me répéter, on n'est pas simples spectateurs. Mais acteurs. Et en cas de défaites, on s'en veut. Parce que c'est qu'on a failli quelque part. Or, quand on est supporter, on doit donner le meilleur de soi-même.

Celle-ci de s'interroger intérieurement :« Mon Dieu ! Chez qui suis-je tombé ? », songe-t-elle. « Le jeune homme est beau, pourtant. Il est sportif. Il est élégant. Mais nous sommes tous les deux aux antipodes l'un de l'autre. Malgré tout, je ne puis m'empêcher d'éprouver des sentiments pour lui. »

Mais son hôte de lui signaler qu'il est l'heure de passer à table. Ce dont elle ne s'attendait pas. Vu qu'il s'agit d'une visite informelle.
Une fois le trouble digéré, du côté de la jeune visiteuse et ses doutes dissipés « – Je n'étais pas venu pour cela – Je m'en doute – Fallait pas – C'est à la bonne franquette » –, chacun de se retrouver dans la salle à manger où madame mère, a préparé une tarte aux pommes. Avec jus d'orange et salade de fruit à la clef. Ce qui n'est pas la principale préoccupation de Monsieur Courcelles père, pourtant déjà installé, qui tient à s'enquérir du niveau de mathématiques de son fils.
– Alors, fait-il, vous avez réussi à le tirer d'embarras ? Marinette, qui ne comprend pas, de se faire répéter la question.
– Je parle des maths, précise-t-il. Excusez-le, notre fils a la tête dure.
La jeune fille, qui vient de réaliser que c'était l'objectif premier de sa visite, ne sachant que répondre, de se prendre à rougir malgré elle. Vu qu'elle vient de se rappeler que la question n'a même pas été abordée avec le principal concerné.
Heureusement que son nouvel ami lui vient en aide.
– Cette fois, j'y vois plus clair, rassure-t-il en mentant impunément. Marinette a raté sa vocation. Elle aurait fait une excellente prof de maths.
(Ses parents ne sont pas dupes.)
– Vous croyez qu'il va réussir à dégoter son bac ?
– Je ne vois pas pourquoi il ne l'aurait pas, se ressaisit-elle. D'autant plus qu'il a peu de points à rattraper.
Puis, jugeant préférable de dévier la conversation, cette dernière de leur faire part de son étonnement, suite à la visite de la chambre de leur fils, qu'elle qualifie une nouvelle fois, de véritable caverne d'Ali-Baba.
Mais, ne prisant guère l'engouement de leur rejeton pour le ballon rond, ceux-ci préfèrent-ils évoquer d'autres sujets. Aussi la conversation de rapidement prendre une autre tournure. Vu qu'elle concerne davantage les activités de la jeune fille. Ce qui lui permet de faire part de ses goûts et de ses conseils de lecture. Bien entendu, il est question de l'écrivain local Claude Berthelet, auquel elle voue une affection toute particulière, avec son dernier roman « Marie des Varennes ». La famille Courcelles se promettant de le lire. D’autant plus qu'il s'agit d'un écrivain varégeois. Ce qui donnera une bonne raison à Jérôme pour se rendre prochainement à la Maison de la Presse. Et de se plonger dans un autre genre de littérature que « Onze Mondial », « France football » ou le journal « L’Équipe », pour lesquels il est abonné.

Puis vinrent les au-revoir. Avec promesses de revenir. Et c' est le cœur troublé que la jeune visiteuse regagne la demeure familiale, en faisant à ses parents un rapport détaillé sur ce qu' elle a vu lors de la visite de la chambre de Jérôme. Ce qui ne manque pas de les étonner – le ballon rond étant le cadet de leurs soucis.
– Curieux garçon, fait son père. Aller si loin pour voir un match. Il faut être fou.
– Je plains madame Courcelles, conclut sa mère. À sa place, je ne dormirais pas de la nuit.

 

 

CHAPITRE 8

L'invitation

 

À part le Stade Vélodrome, il est un autre endroit que Jérôme commence à fréquenter d'une manière assidue, c'est la Maison de la presse. Ce qui amuse Émile Tourneur. À telle enseigne que notre ami vient de se désabonner du Journal L’Équipe, préférant l'acheter au numéro. C'est le prétexte qu'il a choisi pour y rencontrer plus souvent la jeune fille. Bien qu'elle soit les trois-quarts du temps accaparée par sa clientèle, et que faute de tous deux converser, ils doivent se contenter d'un simple petit bonjour.

On ne compte plus les paquets d'enveloppes, les stylos-plumes, crayons à papier et autres Pointes Bic qu'il s'offre, lui qui écrit peu. Préférant taper ses articles sportifs sur le clavier de son ordinateur. Articles relatant les derniers matches de l'équipe locale et expédiés à divers journaux, qui les lui refusent les trois-quarts du temps, faute d'intérêt. Mais que ne ferait-il pas pour la jolie vendeuse ? C'est simple : pour obtenir deux mots de la demoiselle, il serait capable d'acheter le magasin entier.

Sa démarche est toujours la même. D'abord il scrute le magasin au travers de la vitrine, pour juger de l'affluence, comme précédemment évoqué. Quitte à y apposer la main, à hauteur de regard, afin d'éliminer le reflet du soleil sur les carreaux, qui l'empêche d'entrevoir l'intérieur. C'est alors que trois solutions se présentent à lui.
Soit la boutique est bondée, auquel cas il n'entre pas, préférant reporter sa visite. Parce qu'il sait qu'il ne pourra pas lui parler. C'est la première.
Soit elle est absente pour une raison ou pour une autre, ce qui le plonge dans des abîmes d'inquiétude. Est-elle malade ? A-t-elle des soucis avec la santé de ses parents ? Et avec sa mère en particulier. C' est ce qu'il en avait déduit l'autre jour, en remarquant la pâleur de ses traits, sa lassitude apparente, ainsi que ses yeux, qu'elle avait cernés. Mais, par correction, il n'avait pas osé en parler.
Au fait, travaille-t-elle toujours à cet endroit ? Le contraire l'étonnerait fort, tant elle adore la littérature. Or, à Varèges, les marchands de livres et de journaux ne sont pas légion. À moins que Milou – comme sa plus fidèle clientèle appelle familièrement le vieux gérant, en raison de son caractère débonnaire et accueillant –, n'ait cédé son fonds de commerce ? Ce qui l'étonnerait beaucoup, tant celui-ci est d'un bon rapport. Surtout depuis que Marinette y travaille.
C'est la seconde solution.
Soit, enfin, le magasin est désert. Et c'est la troisième. Celle qui fait palpiter son cœur. L'incite à pousser la porte avec empressement. Puis délie sa langue. Tant il a de choses à lui conter.
Tel est le cas aujourd'hui. Pendant que « le patron » est à la réserve, ils en profitent. Même qu'elle a un petit cadeau à lui remettre. Lequel est enveloppé d'un joli papier doré, entouré d'un petit ruban rouge.
– Qu'est-ce que c'est ? la questionne-t-il, alors que l'aspect même du présent semble l'indiquer.
Une fois le ruban dénoué et l'emballage retiré, il feint la surprise :
– Oh ! Un livre !
Ce qui la fait sourire.
– Marie des Varennes ! Ça tombe bien. Je ne l'ai pas lu. Ce qui la fait rire de plus belle.
Elle lui dit qu'il ne lit pas assez. Et qu'il devrait « s'y mettre ». D'autant plus que l'intrigue de ce roman se déroule à Varèges et qu'il va reconnaître des rues et des endroits qu'il fréquente régulièrement.
En guise de remerciement, celui-ci de l'embrasser, sans plus de façon. Ce premier baiser donné, davantage dicté par réflexe, mais non sans envie, la trouble. À tel point qu'elle ne peut s'empêcher de jeter un regard inquiet vers la réserve. Mais qu'elle se rassure ! Monsieur Tourneur, comme elle le nomme toujours avec déférence, n'est pas remonté.
Toutefois enhardie, la jeune vendeuse de s'engager à lui rendre son invitation, en lui proposant de venir chez elle samedi prochain. Comme les matches de première division n'ont pas repris, et qu'il est à jour dans ses révisions, le jeune homme d’accepter d'emblée, avec une joie non dissimulée.
– À dans cinq jours, lui fait-elle. Profitez-en pour lire Berthelet. Vous me direz ce que vous en pensez.

Elle souhaiterait tant qu'il lise autre chose que des journaux sportifs ! qu'elle taxe de « fadaises» , mais qu'elle ne lui dit pas, de peur de le blesser.
Quant à lui, a contrario, ce qu'il aimerait, c'est la convertir à sa grande passion. Aussi lui demande-t-il si elle accepterait de se rendre avec lui au stade.
Contrairement à ce qu'il pense, celle-ci d'acquiescer :
– Pourquoi pas ? Ce sera pour moi l'occasion de vivre une nouvelle expérience. Je me dois de tout connaître.
Jérôme est ravi.
C'est sur cette belle promesse qu'il la quitte. Milou venant de remonter, une pile d'ouvrages dans les bras.

 

 

CHAPITRE 9

Chez Marinette

 

Autre passion. Autre décor. La chambre de Marinette – Jérôme aurait dû s'en douter – ne ressemble en rien à la sienne.
Ce n'est plus une chambre, c'est une librairie. Que de livres ! Il y en a partout. Plein sa bibliothèque. Plein son armoire. Plein ses étagères. Plein sa commode. Plein ses fauteuils. Plein sa table de chevet. Plein son tapis... Il y en a sur son lit. Et même en dessous. Ce qui signifie qu'elle dort avec.
Pour lui, du jamais vu !
Sans oublier les meubles de rangement pour cassettes et vinyles. C'est fantastique. Si les ouvrages se comptent par centaines – des romans en grande majorité –, les pochettes de disques et les boîtiers de K7 en comptent tout autant. Cela va de la musique classique dont, d'après elle, elle raffole, au music-hall, en passant par le folklore. Tant il y a d'éclectisme dans ses goûts. Néanmoins, de son propre aveu, elle éprouve une affection toute particulière pour la tradition. Que ce soit en matière de musique qu'en littérature. Tant elle est attachée à la vie rurale d'autrefois, et à son caractère culturel ancré dans la ruralité.

Pour en revenir à une description plus précise des lieux...
Au centre de la pièce, sur un immense tapis de laine à poils longs, épais et douillet, trône un électrophone, posé sur table basse. Il est ouvert, et un disque est en attente – « Ballade n°1 » de Chopin, lit-il, celle qui inspira George Sand pour son œuvre poétique de « Les exilés ». C'est ce qu'il apprendra de la bouche de son hôtesse. Apparemment, l'appareil doit être souvent sollicité.
Puis à côté, il découvre un appareil radio, lecteur et enregistreur de cassettes.
À droite, dos à la fenêtre, il remarque un piano droit peu commun, vu qu'il est blanc et un tabouret de velours bordeaux, reposant sur tapis rouge à motifs d'inspiration orientale, plus long que large, et visiblement déployé sur le plancher afin d' amortir les sons. De façon à ne pas perturber la quiétude du salon situé au rez-de-chaussée.
Si une sonate de Clara Schumann posée sur le pupitre l'informe que c'est la pièce qu'elle est actuellement en train de travailler, sur le couvercle s'entasse une pile de partitions. Si certaines sont relativement faciles à jouer telles que « La lettre à Élise », « Le gai laboureur », ou le « Prélude en do majeur » de Jean-Sébastien Bach, d'autres au contraire nécessitent une interprétation plus délicate comme « La sonate au clair de lune » de Beethoven, ou « Le concerto n°2 » de Rachmaninov qui requiert de longs doigts – ce qui est le cas de la jeune pianiste. Ainsi que « la Campanella » de Liszt, qui n'est autre que la version piano du Concerto pour violon n° 2 en si mineur de Paganini. Ce qu'elle lui apprend et qu'il ignorait, étant donnée « l'inculture musicale » de son invité – ce qu'il lui-même reconnaît, tout en faisant profil bas.
Toutefois, il lui semble qu'elle ne néglige pas pour autant la variété avec « Imagine » de John Lennon ou bien L' « Hallelujah » de Léonard Cohen ou encore les musiques de Gospel comme « Oh Happy day ».
– Je ne savais pas que vous étiez musicienne.
– C'est un sujet qui n'a jamais fait l'objet de nos conversations.

Jérôme s'en veut d'avoir trop parlé de lui, lors de la visite qu'elle lui avait dernièrement accordée. Et de ne pas l'avoir suffisamment laissé se livrer. Il découvre, en effet, que la petite vendeuse de la maison Tourneur est un être d'exception. Et qu'elle possède de solides connaissances qui l'entraînent dans un univers qui lui est complètement inconnu. Aussi, rétrospectivement, se juge-t-il ridicule.
Quelles bêtises ne lui a-t-il pas racontées dans son humble chambre de célibataire, entièrement consacré à l'OM. ! Combien il a honte à présent. Aussi se morigène-t-il, sans retenue.
Que valaient ses calembredaines, ces propos de peu d'intérêt, ces « coquecigrues », comme a dû les nommer Marinette, en son for intérieur, pour éviter de le blesser ? Laquelle manie le bien parler avec un art consommé.
Quel comportement absurde et délibéré avait-il adopté cette fois-là ? Il ne sait plus où se mettre. Pourtant, il aurait dû s'en rendre compte en l'entendant vanter telle ou telle œuvre littéraire à une clientèle entièrement à son écoute. Aussi mesure-t-il le chemin qui le sépare d'elle. Et il comprend, avec amertume qu'il ne lui arrive pas à la cheville.
Compréhensive, elle le rassure toutefois :
– À chacun ses centres d'intérêt. Pour un futur journaliste sportif, de quelle utilité seraient les « Nocturnes » de Chopin ou la vie d'une Marguerite Duras, celle d'un Claudel ou d'un Frédéric Mistral ? Heureusement d'ailleurs que nous sommes tous différents. C'est la diversité qui fait la richesse d'une société, fait-elle encore amusée. Alors, s'il te plaît, échangeons nos passions. Donne-moi la tienne. Je te donnerai la mienne. Nourris-toi de moi. Et moi, je me nourrirai de toi.
Pour corroborer son propos, elle lui avoue que c'est avec impatience qu' elle attend le jour où il l'emmènera voir un match de football.
– Lens-Marseille. C'est samedi. Cela te convient ?
– Parfait. Je t'accompagnerai. Et tu m’expliqueras, car je n'entends pas grand-chose au football. À part le fait d'envoyer un ballon dans un but gardé par un gardien... Soyons curieux de tout.
Puis elle lui demande ce qu' il a pensé du roman de Claude Berthelet. Hélas ! Il l' informe piteusement que, pris par ses révisions, il n'a pas encore eu le temps de l'ouvrir. Mais il se promet de s'y consacrer, dès qu'il en aura terminé avec un examen qui gâche toutes ses vacances.
Ce que la jeune fille comprend. Aussi ne peut-elle pas s'empêcher d' esquisser un sourire devant sa mine déconfite.
En attendant et pour le consoler, elle lui confie qu'elle a pris plaisir à lire un de ses articles parus dernièrement dans L'Est-Éclair, au sujet d'une rencontre amicale entre Varèges et Auxerre. Avec une interview exclusive de Guy Roux, l’entraîneur charismatique du Stade de l' Abbé Deschamps. Elle loue la plume du journaliste en herbe, son sens de l' objectivité et son aptitude à relater des événements avec « énormément de réalisme ».
– C' est comme si on y était, conclut-elle.
Bien que flatté, il s'en défend, prétextant qu'il aurait préféré couvrir un match de l'OM, car, il lui fait remarquer qu'il ne s’agissait que d'une rencontre amicale entre une équipe d'amateurs avec des joueurs auxerrois, certes plus affûtés, mais néanmoins en phase de remise en forme. Vu que le quart des acteurs qui étaient blessés, étaient en phase de récupération, suite à diverses opérations qu'ils avaient subies.
– D'anciens éclopés, déplore-t-il. Avec des joueurs en manque de forme. Ou des jeunes issus du Centre de formation du club icaunais.
– Sans doute, coupe-t-elle. Mais interroger « l'homme au bonnet bleu » est une performance. Vu que le monsieur est très coléreux, d'après ce que j'ai entendu dire.
– Avec moi, il a été charmant. Et quand je lui ai dit que je souhaitais devenir journaliste, il a accepté de répondre à toutes mes questions. Mêmes les plus saugrenues. « Il faut encourager les jeunes », m'avait-il déclaré. N'ai-je pas été moi-même correspondant de « L'Yonne républicaine » pour arrondir mes fins de mois ? »

– À table !
C'est madame Legoédic qui les appelle.
Effectivement, pour ne pas être en reste avec la tarte aux pommes de madame Courcelles, elle a mitonné un copieux goûter. Avec toute une ribambelle de crêpes, accompagnées d’une bolée de cidre. Madame mère n'étant pas bretonne pour rien, n'est pas peu fière de ses origines.
Bien entendu, la conversation de rouler sur cette magnifique région qu'est la Bretagne. Et la petite ville de Ploubalzanec – Plaeraneg en Breton – où vivait le couple, avant son arrivée à Varèges.
– De notre chambre, on voyait l'île de Bréhat, tient à faire savoir le père. Tandis qu'ici, on a vu sur la maison d'en face.
Évocation qui attise la curiosité d'un Jérôme qui, voyage par l'esprit, de la Croix des veuves, où les femmes de pêcheurs guettaient le retour de leurs époux partis après une campagne passée sur les bancs de Terre-Neuve, en passant par Pors-Even et Paimpol, qui inspira Pierre Loti pour son roman « Pêcheur d'Islande » – précision donnée par leur fille – et la magnifique baie de Saint-Brieuc.
Avec de tels ambassadeurs, il est convaincu que la Bretagne est un petit paradis où il fait bon vivre.
– On vous y emmènera, si vous y tenez tant que ça, propose son hôte.
Mais il ne peut s'empêcher de poser la question qui fâche :
– Est-il vrai qu'il pleut beaucoup sur les Côtes d'Armor ?
– C'est une question à laquelle je ne répondrai pas, fait monsieur Legoédic, subitement fermé. Si vous avez peur de la pluie, il ne faut pas venir.
Un ange passe... Vite stoppé par son épouse, qui tient à nuancer le propos :
– Cette pluie qui tombe chez nous, c'est celle que vous recevez plus tard chez vous. Puisque la Bretagne est à l'ouest de Varèges.
– Ne fais pas attention, glisse Marinette, à l'oreille de son ami. Papa n'aime pas qu' on dise du mal de son pays.

Jérôme de s’excuser. Puis, voyant l'aiguille de leur comtoise bondir au-delà du chiffre 7, il décide de prendre congé, après avoir donné rendez-vous à sa jeune hôtesse pour le prochain week-end.
– Sans rancune, fait le père de la jeune fille, sur le pas de la porte. Tout en lui adressant un clin d’œil. Mais, de vous à moi, ma bouderie de tout à l'heure, c' était pour rire.
– C' est ce qu'il veut vous faire croire, se moque sa femme. En vérité, j'ai un mari fort susceptible.
Et le départ du jeune homme d'être le copier-coller de l'arrivée. Tout se terminant avec le sourire.


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