ROMANS

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ROMAN N°01 : "L'école dont l'instit est un cancre"

Interview lors de la sortie du second tome:

 

Ed.Praelego- 2ème volume

ROMAN N°02 : "le Lézard dans le buffet"(Extrait)

 

 

ROMAN N°3 : "Lucile Galatte ou le temps des gauloises bleues"

Ed.Velours - Amazon - La Fnac - Gibert jeune

ROMAN N°04 : "Le bal des pourris"....


ROMAN N°05 : La Lieutenant au jupon rouge

ROMAN N°06 : Popaul, l'enfant qui voulait aller au ciel retrouver sa mère.

 

Le Pythagore éditions www.lepythagore.com

ROMAN N°07 :Sacré Popaul !

Le Pythagore éditions
www.lepythagore.com

ROMAN N° 08 :Popaulissime !

Le Pythagore éditions
www.lepythagore.com

ROMAN N° 09 Signé Popaul

Parution mars 2019 http://www.lepythagore.com

ROMAN N° 10 La carte à jouer

Parution Mars 2020 http://www.lepythagore.com

ROMAN N° 11 La chair salée À paraître

ROMAN N° 12 Riton le facteur et son chien Marcel...en tournée.


Le Pythagore éditions
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ROMAN N° 13 L'or de la Barse Parution prochaine
ROMAN N° 14 Popaul: scout toujours prêt! En attente de publication
ROMAN N° 15: Dis maître...Est-ce que tu veux bien être mon père?"

En attente de publication

 

ROMAN N° 16 .Et mon coeur de battre comme un p'tit tambour Parution Septembre 2019 http://www.lepythagore.com

 

LE CHALLENGE: PUBLICATION CHAQUE MOIS DE NOUVEAUX CHAPITRES ECRITS AU JOUR LE JOUR

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UN AMOUR DE POPAUL


Christian Moriat


CHAPITRE 1

UN CURIEUX COMPORTEMENT

 

La petite est bizarre en ce moment. Hier, je lui ai demandé l’heure. Elle m’a répondu : « Merci beaucoup ». Aujourd’hui, au déjeuner, je lui ai répété deux fois : « Est-ce que tu reveux de la salade ? ». En lui tendant poliment le saladier. Même que j’ai eu mal au bras, tellement il était lourd. Vu qu’il est en porcelaine. Elle a fait : « Demain, ce sera très mieux. » Pourtant, elle était bonne – c’était de la frisée de Mon jardin. Même que je la sème exprès pour elle. Parce que je sais qu’elle aime bien ça.
Puis « très mieux »… ? Qu’est-ce que ça veut dire ? Ça n’a ni queue ni tête. Pour moi, elle a perdu le nord.

Le comble, c’est au dîner. Quand elle a quitté la table. Sans plier sa serviette – ce qui n’est pas dans ses habitudes ; contrairement à moi, parce que je suis un étourneau –. « Et ta serviette ? » que je lui ai fait remarquer. Car, comme elle m’inquiète, depuis peu, je l’ai à l’œil. Vous savez ce qu’elle m’a répliqué ? « Cette nuit, on y verra plus clair… »
Ah, c’est plus fort que de jouer au bouchon !
Puis elle a souhaité le bonsoir à tout le monde. Sauf à moi. Et elle est partie.
Si vous saviez comme j’ai eu le cœur lourd ! C’est bien simple. J’avais l’impression qu’il allait éclater.

Non, Popaul. Non. Sois fort… Tu es un homme. Tu ne pleureras pas. Non, Popaul. Pas devant tout le monde. Zut ! J’ai l’air fin. Une larme vient de rouler sur ma joue.

Quand même ! Vous feriez comme ça, vous ? À votre femme ? Ou à votre mari ? Aller se coucher ? Sans lui faire la bise ? Ce ne sont pas des choses à faire. Surtout après un an et demi de vie commune. Enfin, quoi ! On n’est pas des sauvages.
Je me suis pensé : « Mon pauvre Popaul ! Te voilà devenu la cinquième roue du carrosse. »

C’est pourquoi vous me voyez là. En pleine Forêt d’Orient. À me traîner comme une âme en peine. Parce que, moi, quand j’ai le bourdon, c’est dans les bois que je vais. C’est mon refuge. J’aime leur paix. Leur silence. La dormance des grands arbres. Avec leur cime qui se penchent sur moi. Pour cicatriser mes blessures.
Mais aujourd’hui, ils ne peuvent rien. C’est la brise qui me l’a dit. En faisant bruire les feuilles.

Pourtant, avec la petite, on en a passé de bons moments ensemble. C’est fabuleux. Mais comme le dit la chanson : « Plaisir d’amour ne dure qu’un moment
Chagrin d’amour dure toute une vie. »
Je me rappelle encore du postillon qu’elle m’avait envoyé. Quand on avait mangé au pied du feu. Dans la clairière… Du lâcher de ballons. Dans le parc du manoir… De nos retrouvailles à Orange… Sans oublier sa fugue. Pour cause de séquestration à l’école Saint-Pierre … – Elle n’en menait pas large, ce jour-là. Et moi non plus ! –. Puis de notre joie dans la cabane de charbonnier. Après l’avoir rattrapée… Ensuite, il y a eu le rallye de la paix…Puis notre enquête pour retrouver Paul, mon ex-père. Qu’on avait fini par dégoter à Champ-sur-Barse. Du côté de l’Étang de Fort en Paille… Après, il y a encore eu l’Aîné qu’on avait ramené au bercail. Lui qui était parti garder les vaches, en Camargue – la faute à Rose, cette sans cœur, qui ne savait pas si elle allait être capable de l’aimer jusqu’au bout* ! –. J’en passe et des meilleures.
On ne peut pas rayer tout ça d’un trait. Ce n’est pas possible.

Ah ! Qu’est-ce qu’on s’aimait tous les deux. Et je dis bien « tous les deux ». Vu que, pour s’aimer, il faut être au moins deux. Sinon, c’est plus compliqué.
Vous voulez des exemples ?
Hé bien je vais vous en donner. Dédé et la belle Mathilde – quel beau couple ! –. Rose et son « Néné »1. Papatte et la mère Panard – quoique, aux dernières nouvelles, il paraît qu’il y aurait de l’eau dans le gaz ; affaire à suivre –. Le gros Porcheron et ses tartines… Puis tant d’autres qui ne me viennent pas à l’esprit.

À moins de s’aimer tout seul. Comme Cocaude. Qui y réussit parfaitement. Mais il ne faut pas prendre modèle sur lui. C’est un phénomène. Même qu’il prétend qu’il shoote jusqu’au ciel. Avec son ballon de plage ! Alors que la maîtresse s’est tuée à lui dire que ce n’était pas possible.
Mais il ne faut pas faire attention à lui. Il ment comme il respire.

Jusqu’à Pépette – encore un peu, et j’allais l’oublier, celle-là –, qui aimerait bien trouver chaussure à son pied. Mais elle n’y arrive pas. Rapport à ses taches de rousseur. Même qu’elle donne toujours l’impression d’avoir la devanture2 vermoulue ! Comme l’armoire de campagne de la comtesse. Qu’on passe tous les mois à l’encaustique. Sauf que la pauvre gamine, elle n’a pas encore de trous. Mais ça viendra.
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1. Ainsi appelé parce qu’il est l’aîné de Luana (« Son aîné ») (Cf. Moriat. C., « Signé Popaul ! »)
2. Visage (argot).
3. Insecticide

Ce qu’il faudrait c’est traiter tout de suite au fly-tox3. À cause des vers. Car, comme le dit ma grand-mère: « Il faut toujours prendre soin de ses boiseries. »
Combien de fois elle nous a proposé de jouer au docteur! Histoire de parvenir à ses fins. Quel crampon ! Mais on a tellement peur de la contagion qu’on n’y tient pas. Surtout que, d’après le Gros, il faut faire gaffe avec les taches de rousseur. Il paraît que ça s’attrape.
Malgré tout, et pour être honnête, l’amie Pépette, une fois débarrassée de ses mouchetures, serait très présentable.
Même qu’une fois, je l’ai bien regardée. Eh bien, vue de dos, elle n'est pas mal du tout. Le problème, c’est quand elle se retourne. Alors là, c’est fichu. Et il ne vous reste qu’une chose à faire : déguerpir au plus vite.
De toute façon, vue de face ou vue de dos, qu’elle ne compte pas sur moi. Je suis déjà pris. Alors…? enfin, j’espère. Je vais bien voir comment les choses vont évoluer avec Luana.

D’ailleurs, et pour rester sur ce sujet, soyez francs ! Est-ce que vous seriez capables d’aimer quelqu’un qui vous aime ? Et que vous n’aimez pas ? Mais que vous auriez pu aimer s’il aurait été autrement ?
Franchement, moi, je ne pourrais pas… Dans un tunnel, peut- être. À la rigueur. Et encore…
C’est tout le drame de la Grêlée. Même qu’un jour, dans l’Est-Éclair, j’ai lu qu’une malheureuse victime avait été « contrainte et forcée ». C’était en page sept. À la rubrique des faits divers. Pour une histoire de mœurs.
Si vous voulez mon avis, moi, je pense qu’il ne faut pas être forcé. Sinon, on fait tout à contrecœur. Et après, on va droit dans le mur.

Combien j’en ai vu des amours qui ont failli se terminer en queue de poisson ! Comme le « Néné », dont je viens de parler, qui avait dû mettre les voiles pour aller garder les vaches. En Camargue. À cause de la belle Rose.
C’est vrai qu’ensuite, ça s’était mieux goupillé. N’empêche, qu’avant, c’était bel et bien parti en sucette. Heureusement que Luana et moi, on avait été là. Pour recoller les morceaux.

Après, il faut faire attention. Parce que ça s’appelle du harcèlement. Même qu’il y en a qui se sont retrouvés en prison pour moins que ça.
Tu entends, Pépette ? Si tu continues à essayer de me faire la bise dans les coins, alors que je ne veux pas, je cours à la gendarmerie, déposer une main courante. Enfin quoi ! Laisse-moi respirer !
Donc, « aimer », oui. Mais discrètement. Et sans casser les noix à qui que ce soit. Respect !
Fin de la parenthèse.

Bref ! En ce qui me concerne, je me retrouve tout seul. Comme une pierre. Pourtant, on s’était juré – croix de bois, croix de fer – de se marier. La petite et moi. Quand on serait plus grand. Hé bien, c’est raté. Puisqu’on vient déjà de divorcer.


Au fait ! Un jour, Cocaude, le fils du libraire, il m’avait donné les statistiques des divorces en France. Qu’il avait lus sur l’Est-Éclair… Ils ne sont pas jolis jolis. Alors, si on ajoute mon cas personnel, ça va encore les plomber.


En tout cas, ce ne sera pas ma faute. Vu que j’aurai tout fait pour éviter cela. Même qu’à la petite, je lui ai offert deux fois de ma salade.

Mon p’tit Popaul, ta moitié t’a quitté. Ça ne fera pas la une des journaux. C’est sûr… Mais ça fait mal quand même.
Évidemment, une histoire pareille, ça ne peut pas tomber sur le gros Porcheron. Vu qu’il n’aime pas la salade.
Tiens ! J’aurais mieux fait de me mettre aux sandwiches et aux tartines beurrées. Comme lui. J’aurais eu plus de satisfaction. Parce qu’on ne rompt jamais avec une tartine. Avec le pain, à la la rigueur. Des fois, quand le morceau est trop gros. Et qu’on ne peut pas l’avaler d’un seul coup.

Et moi, qui comptais sur la petite pour être mon hôtesse de l’air. Histoire de retrouver nos mères qui sont au ciel…
Tant pis pour elle ! Elle ira pointer au chômage. Voilà tout.

C’est vrai qu’elle sait faire de si bons kugelhofs. Quant à ses yaourts. C’est simple. Quand on en mange en fermant les yeux, on se croirait dans les Balkans. Même que c’est à cause d’eux si je dois rajouter un péché de plus. Quand je vais à confesse. Et que je me prends un ou deux pater noster à réciter, en plus. À genoux. Au pied du Christ en croix. Même que Rose, une fois, elle a dit comme ça: « Si ça continue, Popaul, il va finir par planter sa tente au pied de l’autel ! »
Elle peut parler elle, qui a tant fait damner l’aîné ! Ce sont toujours ceux-là qui la ramènent.

Hélas ! Tout ça, c’était le bon temps. Maintenant, c’est du passé. Et je suis au bout du rouleau.
J’ai perdu mon hôtesse de l’air. J’aurais eu tant besoin d’elle, dans mon avion. Parce que les nuages…vous avez vu tout ce qu’il y a, là-haut ? Ça en fait un paquet. Il y a de quoi se perdre. Surtout qu’ils ne sont jamais au même endroit, les bougres ! C’est pour ça que les géographes, ils ne les mettent jamais sur les cartes.
Alors, pour ne pas me tromper, la petite, elle m’aurait dit, car elle a le sens de l’orientation : « Après le troisième nuage, à cinq cents mètres, au carrefour, prendre la deuxième sortie, à droite, en direction du Paradis. » Une sorte de GPS avant l’heure. Car il n’a toujours pas été inventé.
Malheureusement, maintenant, tous nos projets tombent à l’eau. À cause d’elle.

Pourtant, qu’est-ce qu’elle est belle, ma petite gitane. Avec ses deux nattes brunes, qui dansent sur sa poitrine. Au rythme de ses pas… Sans oublier sa voix. Tout en chuchotis d’étoiles. Et la vrille de son regard qui me va direct au cœur. Dès qu’elle plonge ses deux perles noires au profond de mes yeux. Sans compter ses deux anneaux d’or fixés à ses oreilles. Lesquels brillent sous l’effet du soleil. Et sa fossette au menton… ! Une merveille de charme et de douceur. Sans oublier sa petite veine, qui court le long de sa tempe – vu qu’elle a le sang bleu, celui des âmes bien nées –. Quant à l’éventail de ses mains aux longs doigts fins de pianiste … il faut les voir caresser l’osier. Quand elle tresse ses paniers.
Tout un spectacle !
Il n’y a que le front, qui ne va pas. Vu qu’il est bombé. Or, d’après ma grand-mère, c’est le signe des gens têtus.
N’empêche que, malgré cette infirmité, elle est jolie tout de même.

Mais qu’est-ce qu’elle a donc, à me fuir comme ça, tout le temps ? Je n’ai pas la gale…
Je ne sais pas trop quoi penser. Peut-être qu’elle a un amant ?
Est-ce que ce ne serait pas le gros Porcheron, des fois… ? Celui qui est tout en rondeur. Même que, s’il n’y avait pas la tête pour indiquer le sens de la marche, on pourrait se demander s’il n’avance pas à reculons. Tellement l’arrière-boutique ressemble à la vitrine.
Idem vue de profil. Puisque Porcheron n’a pas de côtés. Vu que c’est une boule.
Il lui aura sans doute proposé un pudding ou une tarte aux cerises ? car il en a toujours pincé pour elle.
De toute façon, comme il y en a qui disent que l’amour est aveugle, moi je dis, pourquoi pas ? Après tout…
Qu’est-ce que je raconte. Luana n’est pas gourmande pour deux sous…C’est que je me mettrais à dérailler, que ça ne m’étonnerait pas.

Alors, Cocaude… ?
C’est vrai qu’il est fils de libraire et qu’elle aime bien le Club des Cinq et le Clan des Sept. Des fois qu’il lui en ait refilé une pile… ? Pour moi, elle aura succombé. Il en faut si peu, de nos jours, pour séduire les jeunes filles.
Et comme en plus, il est grand, alors que je suis petit – même qu’il y en a qui m’appellent « double-mètre » –, il ne faut pas être fin clerc pour comprendre que mon pouvoir de séduction est limité. Il faut bien dire ce qui est… Surtout avec mon pantalon qui fait la vrille. Et mes deux mains qui jouent à cache-cache. Sous des manches de chemises beaucoup trop longues.
Puis un poujadiste, en plus ! C’est toujours bon pour des personnes comme elle d’avoir des relations.
Pourtant, politiquement, ce n’est pas la tendance de la petite… Même si Poujade1 défend les petits commerçants. Les artisans. Et les vanniers.

Mais non. Voyons, Popaul ! Réfléchis… Cocaude ? Il n’aime que lui. Tout le monde le sait. Alors ?
Franchement, moi, aujourd’hui, je débloque.
Alors, qui ? Qui ? Ah, si je le tenais, ce misérable !

Au point où j’en suis, je vais être obligé de demander à Pépette, si elle veut bien être mon hôtesse de l’air. Et comme elle m’a à la bonne, sûr qu’elle ne me refusera pas. Mais ce sera du second choix.
Par contre, avec elle, risque de perturbations dans le cockpit. Surtout si elle veut jouer au docteur ! Elle serait encore capable de me faire lâcher le manche !
En plus, il faudra avoir l’œil sur l’altimètre. Pour ne pas monter trop haut. Sinon, elle serait encore fichue de flanquer la frousse aux anges du paradis. Avec toutes les taches qu’elle a sur la tirelire.
Bref ! Je ne sais pas. Je ne sais plus. Je suis perdu.
Sûr que je vais faire des cauchemars cette nuit !
Sûr et certain.


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1. Pierre Poujade : homme politique et leader syndical (1920- 2 003). Défenseur des commerçants et artisans.
• Cf.Moriat. C., Voir épisodes précédents.


CHAPITRE 2

POPAUL A LE BOURDON


– Hé bien, Popaul ? Qu’est-ce qu’il t’arrive ?
« Qu’est-ce qu’il m’arrive… ? Qu’est-ce qu’il m’arrive… ? ». Elle est bonne ma belle-mère. C’est plutôt à elle qu’il faut demander ça.
D’abord, qu’est-ce qu’elle fait là ? En chemise de nuit ? Au pied de mon lit ? Quelle heure il est, donc…? Zut ! Je suis en retard. Et mon réveil qui n’a pas sonné !
Puis cette lumière qu’elle m’envoie dans les yeux…
– Éteins ! que je lui fais. Éteins !
J’en vois trente-six chandelles.

Ouf ! Ça va mieux. Elle a tamisé sa pile électrique avec sa main.
– Mais…qu’est-ce que tu fabriques ? qu’elle me fait. Alors que je suis en train de repousser les couvertures.
– Je me lève.
– Pourquoi faire ?
– Pour aller à l’école.
– « À l’école ? » À une heure et demie du matin ?

J’ai la tête lourde. Je ne sais plus où j’en suis. Je suis en plein brouillard.
« Une heure et demie du matin…? »
C’est ma foi vrai. Je viens de vérifier sur mon réveil de Bambi – celui où la queue remue tout le temps, vu qu’elle chasse un papillon, tout en marquant les secondes –. J’ai cru qu’elle s’était trompée. Mais pas du tout.

Ouf ! Tant mieux ! Un peu de répit avant d’entamer un nouveau calvaire. Parce que, moi, franchement, l’école, ça n’a jamais été ma tasse de thé.
Et dire que tous les jours, c’est pareil ! C’est déjà dur de se lever, alors, si en plus vous rajoutez le boulot, c’est « la double peine ».
Personnellement, si un jour je deviens Ministre de l’Education Nationale, je mettrai l’école, le soir. Comme ça, ça durera moins longtemps. Vu qu’à peine levé, on sera obligé de se recoucher.

– Dors ! qu’elle fait, la belle Mathilde, en me bordant. Dors. Mais, surtout, ne crie plus. Tu as réveillé tout le monde.
Aah !? Parce qu’en plus, j’ai crié ? Je ne m’en souviens plus.

– Qu’est-ce qu’il y a donc ? s’inquiète Dédé, d’une voix ensommeillée. Lequel vient également de faire irruption dans ma chambre. Dans son joli pyjama en soie bleue. Offert par sa femme. Même qu’il marche dessus. Parce qu’il est un peu long. Vu qu’elle s’était trompée de taille. En l’achetant.
– Rien. Rien. C’est Popaul qui fait des cauchemars.
– Il dit qu’« il en a marre » ? interroge ma grand-mère. Qui dort plus loin. Mais avec toujours la porte entr’ouverte. Vu qu’elle se lève toutes les nuits. Pour faire pipi. Et qu’elle ne veut déranger personne. Parce qu’elle grince. (Je parle de la porte, pas de la comtesse) « Marre » de quoi ?
Décidément, chez l’aïeule, ça ne s’arrange pas. Après les yeux1, c’est au tour des oreilles. Le problème c’est qu’on n’a pas d’audioprothésistes à Vendeuvre – tout le problème de la désertification médicale, dont Cocaude m’a parlé un jour : « Pas peur ! » qu’il m’avait confié. « Poujade va nous arranger tout ça. C’est pour ça qu’il faut voter pour lui. »

Une fois tout le monde parti et après une bise de la belle Mathilde, aux yeux de topaze bleu – bien que j’aurais préféré celle de Luana, qui dort dans sa roulotte –, je me remets à pioncer comme un sonneur. Enfin, je crois. Vu que, depuis, personne n’est revenu dans ma chambre.

Ce n’est que le lendemain, au petit-déjeuner que je subis le feu roulant des questions. On se croirait au 36 rue du Quai des Orfèvres :
– Tu as rêvé de quoi ?
– Je ne m’en rappelle plus.
– Il y a quelque chose qui ne va pas ?
– Non.
– Tu as eu peur ?
– Non.
– Tu as eu des mauvaises notes à l’école ? (C’est bien une question d’institutrice)
– C’est vrai qu’il en a pas mal en ce moment, insiste une Rose sans pitié.
– Chaque jour davantage. Hier moins que demain. Et sans doute plus que tout à l’heure, que je réponds. (Clin d’œil pour la comtesse, qui aime Rosemonde Gérard2 ; ce qui fait rigoler Dédé)
– Tu es malade !
– Laissez-le donc, compatit l’aîné.
Puis ma grand-mère de conclure :
– Ce gamin-là, il a besoin d’une bonne cuillerée de quintonine.
Et voilà la tante, qui, se radine, aussitôt sec, avec une cuillère à bouche.
– Ouvre le bec, qu’elle fait.
J’obéis immédiatement. Parce que ça, j’aime bien. Meilleure que l’huile de foie de morue, en tout cas.
– La quintonine donne bonne mine, qu’elle me fait. Pendant que je me lèche la barbe.
Je l’espère.
De toute façon, je vous l’avais bien dit que j’allais mal dormir cette nuit. Avec cette sans cœur de Luana. Hé bien, c’est fait. Mais moi, on ne me croit jamais. Alors…

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1. Prétexte pour aller se promener à Troyes, la comtesse n’en finit pas de demander à ses chauffeurs, de l’emmener chez son oculiste, afin de faire vérifier ses lunettes. Cf. Épisodes précédents.
2. « Car vois-tu, chaque jour je t'aime davantage,
Aujourd’hui plus qu’hier et bien moins que demain »
(« L'Éternelle chanson » extrait ? Rosemonde Gérard 1871 – 1933)

 

CHAPITRE 3

MERCI LES COPAINS !


– De toute façon, qu’il me fait, l’ami Cocaude. Tous les cocus te le diront. Ils dorment mal. Mais ça se soigne.
– Comment ?
– Un bon bol de tilleul tous les soirs. Ma mère m’en donne. Avant d’aller au lit.
– Parce que toi aussi, t’es cocu ?
– Manquerait plus que ça !
(Un ange passe…)
– Et… après le bouillon, t’es plus cocu ?
– Plus cocu, je ne sais pas. En tout cas, tu dors mieux. Mais rassure-toi, t’es pas tout seul dans cette situation.
– Et si t’a pas de tilleul ?
– Tu prends une pomme. (Je ne savais pas que les pommiers avaient aussi ce pouvoir.)
Maintenant, quand on dira qu’Untel ou Unetelle est une pomme, je saurai pourquoi.
Mais le fait de ne pas être un cas unique ne me console pas pour autant. Par contre, si c’est « Le » remède, autant l’essayer. Vu qu’il est à la portée de toutes les bourses.

– De toute façon, qu’il explique l’ami Cocaude, il ne faut pas s’en faire. Vu qu’on est toujours le cocu de quelqu’un.
Comme je ne comprends pas très bien, il enchaîne :
Selon lui, sa mère, qui est libraire et qui en connaît un rayon sur le chapitre, le serait aussi.
– Noon !?
– Puisque je te le dis.
Jamais je n’aurais pensé ça de son père. Un homme bien sous tout rapport.
Et son fils qui m’annonce ça, tout tranquillement.
– C’est Poujade1 qui l’a dit, qu’il enchaîne.
Décidément, ce Poujade, il a une sacrée langue ! Ce ne sont tout de même pas des choses à crier sur les toits.
– T’occupe, avec Poujade, tout s’arrange.
On va finir par le savoir. Mais ça rassure.
C’est alors qu’il m’explique que ce sont les grandes surfaces qui cocufient sa mère.
– Noon !?
– Si.
Qui aurait cru ça de la mère Panard ? – sûr que c’est elle qui est dans le viseur. Parce qu’à Vendeuvre, des « grandes surfaces », il n’y en a qu’une. Et à tous les coups, c’est l’épicière. Laquelle, depuis quelque temps, a encore gagné en épaisseur. Même qu’on a du mal à la croiser. Dans les rayons.
Heureusement encore que Papatte s’est dévoué pour prendre une partie de ses rondeurs. Vu que vivant tous les deux à la colle, elle est forcément devenue « sa moitié »…
Mais il lui reste l’autre. Celle dont elle ne peut pas se défaire. D’où le malheur.
En tout cas bien leur en a pris de se mettre ensemble, sinon, si elle avait gardé les quatre quarts, je ne vous dis pas le mal qu’on aurait eu à rentrer dans sa boutique.
Fin de la parenthèse.

Par contre pour Germain, c’est tout le contraire, malgré le compteur à gaz qu’il a dans le dos – oh ! très léger ! –. Il est si maigre qu’il y en a qui disent qu’il n’a pas besoin de bâtons pour aller gauler les noix1
– Et lui ? Tu crois qu’il est au courant ?
– De quoi ? Des grandes surfaces qui cocufient les petites ?
– Oui.
– Les cocus sont toujours les derniers à le savoir.
– Alors, comment qu’on sait si on l’est ou si on ne l’est pas ?
– Par les autres.
– Quels « autres » ?
– Tes copains. Ton entourage. Je sais de belles… Si tu les vois rigoler derrière ton dos, c’est que tu l’es. À tous les coups.
Me voilà bien avancé.
Sur ce, je poursuis mon chemin. Histoire d’aller porter une paire de talons hauts chez Bubu, le cordonnier – sûr qu’il l’est, lui aussi, car il occupe une toute toute petite surface, dans la Grand-rue.
C’était le but de ma sortie. Car, depuis son mariage avec l’aîné, la tante qui s’est mise au flamenco, en fait un usage immodéré. Même qu’au manoir elle fait des trous dans le parquet. À force de taper du pied. Ce qui fait bouillir la comtesse. Car, en plus, elle fait trembler le lustre du salon.

Zut ! VoilàPorcheron qui se radine… Impossible de l’éviter. Il est tellement gros. Qu'il ne passe pas inaperçu.
– Alors !? Il paraît que t’es cocu ? qu’il me fait à brûle-pourpoint. Le tout en se tordant comme un barbillon dans une poêle à frire. Même qu’on lui voit jusqu’à la glotte.
– Comment tu le sais ?
– C’est Cocaude qui me l’a dit.
Décidément, les nouvelles vont vite.
Me voilà bien !
– Et fais gaffe, qu’il me prévient. Parce que tu vas bientôt avoir des cornes. Même que tu ne pourras plus passer sous les ponts. Tellement elles seront hautes.
De mieux en mieux !
Mais je lui réponds qu’avec Poujade, tout va s’arranger.
– Ton Poujade, il a la langue de bois. Comme tous les politicards.
Les deux bras m’en tombent. Les politiciens auraient une baveuse en contreplaqué ? Première nouvelle.
– Ils l’ont dit hier à la télé. Même que Pompidou2, il en a une.
Lui aussi ? Je n’avais pas remarqué… On en apprend tous les jours.
Mais je ne suis pas au bout de mes peines…
Il m’explique que je ne pouvais pas garder Luana pour moi tout seul. Parce que je ne suis pas assez bien pour elle. Même si je suis né Lévrier. Un nanti. Qui crèche dans un beau manoir doré.
Enfin, il conclut doctement, histoire de me remonter le moral que, depuis la nuit du 4 Août, les privilèges, c’est terminé. Alors qu’autrefois, on coupait la tête pour moins que ça !
Instinctivement, je porte les mains à mon cou. Non. Mon crâne est toujours là. Entre mes deux épaules. N’empêche que j’ai une sacrée chance de vivre au XXème siècle. Sinon, j’étais bon pour l’échafaud.
Et l’animal de sortir un énorme sandwich de sa poche. Tout en disant :
– Pas de souci ! Ta belle, on va s’en occuper.
___________________________________________________________________________

1. Se dit de quelqu’un qui est grand et maigre (argot).
2. Georges Pompidou : Premier ministre de 1 962 à 1 968. Puis devint Président de la République, par la suite.


Et le voilà qui se met à courir comme un dératé, en criant :
– Cocu ! Cocu ! Popaul, il est cocu.
Pas si fort, voyons ! Tout le monde n’a pas besoin de le savoir. Qu’il est bête !
Mais il faut l’excuser. Il a une punaise dans le bois de lit…. La faute à ses parents. Parce que leur gamin, il manque de finition. Et je vais vous expliquer pourquoi :
Figurez-vous qu’en ce moment, en France, il y a environ quarante huit millions d’habitants. Pour une moyenne de deux virgule quatre-vingt-trois enfants par foyer. Ce qui prouve bien que ceux qui sont à droite de la virgule, ne sont pas finis… ! C’est son cas. CQFD.
Je voudrais bien lui venir en aide. Mais une virgule, ça ne se déplace pas comme ça.
En plus, si ses parents sont mis à deux pour le rater, comment voulez-vous que j’arrive à le remettre d’aplomb, à moi tout seul… ?
Il est ir-ré-cu-pé-rable !
Franchement, il y a des statistiques qui font froid dans le dos.

 

CHAPITRE 4

SOULAGEMENT


« Ta belle, on va s’en occuper »…
Non mais. De quoi il se mêle ? Ah, il est beau, le cadet, lui qui est taillé comme une bouteille de Saint-Galmier !
Puis, qu’est-ce qu’il m’avait donc dit Cocaude ? « Tu l’es, si tu les vois rigoler derrière ton dos… »
Or, à aucun moment, le Gros n’a ri « derrière mon dos ». Vu qu’il était de face. Ce qui est très effronté de sa part ! Mais avec lui, il ne faut pas s’étonner. En plus de ne pas être complètement terminé, il est très mal embouché ! (Sans doute la faute à tout ce qu’il enfourne dans sa bouche ; il en met tellement qu’à force, ça finit par coincer !) Même que, parfois, il me fait honte devant la petite.
Bref ! J’en conclus que je ne suis pas concerné. Mais…prudence.

Machinalement, je tâte le dessus de mon crâne… Pas la moindre corne. Ce n’est donc pas pour tout de suite. À part ma bosse de naissance. Celle qui, il y a peu, m’avait fait faussement penser à l’éclosion d’une auréole.*
Pour l’instant, c’est rassurant.

– Bonsoir, mon petit Popaul.
Tiens, sitôt le dîner terminé, voilà la petite qui me fait la bise aujourd’hui. Même qu’elle a plié sa serviette, bien comme il faut – hier soir, la comtesse le lui avait fait remarquer, vu qu’elle n’avait pas apprécié – …Oh ! La traîtresse.
Je décide d’en avoir le cœur net. Parce que sans elle, la vie ne mérite pas d’être vécue. Parce que, à force de la côtoyer, elle a fini par créer en moi, un besoin d’elle. Ce qui fait que, maintenant, la petite m’est aussi nécessaire que l’eau que je bois. Et que le pain que je mange. Ce n’est pas plus simple que ça.
Et c’est pour cette raison qu’à peine sortie de table, je la prends immédiatement en filature – version Miky le ranger, la fois où il était allé pister les Indiens Chow-Chows ; vous vous rappelez ?

La nuit est sans lune. Il fait noir comme dans un four. Mais la coquine n’a pas besoin de boussole. Vu qu’elle connaît le chemin par cœur. Et moi aussi.
Ses pas volent au-dessus du sentier… Son ombre tourne à l’angle du manoir. Contourne le puits. Entame la descente. Puis longe les marronniers… Pour être franc, je la devine plus que je ne la vois. Au son léger de ses pas de soie.

« Hou ! Hou ! » Quelque part, une chouette a chuinté. Plus loin une bécasse, dérangée dans son sommeil, lui répond d’un croulement léger.
« Miaou ! » C’est le chat qui veut qu’on s’intéresse à lui. Désolé ! Pour les papouilles, on
verra plus tard.
Comme il a plu en début d’après-midi, l’herbe est mouillée. Et mes pieds sont trempés. Vu que pour ne pas être entendu, je marche sur l’herbe et je suis en chaussons… – en rentrant, il faudra que je pense à les mettre sous le radiateur, sinon, je vais me faire attraper.
Coa-coa ! fait le chœur des grenouilles qui chantent à s’en décrocher les mâchoires. Je pense à Cocaude qui en avait mis une dans le bénitier.
C’était un dimanche. Juste avant la grand’messe. Imaginez les paroissiennes au moment de se signer. Trop tordant ! Ce qui lui avait valu les foudres du curé. L’indignation de ma grand-mère. Et « la poilade » de mon bolchevique de père. Sous l’œil sombre de sa belle Mathilde de femme.

Mais l’heure n’est pas à la rigolade. Mon honneur est en jeu…
Où est-ce qu’elle va comme ça… ? Est-ce qu’il n’y aurait pas son amant ? Tapi quelque part ? Dans l’ombre ? Derrière un tronc d’arbre ? « Avec les femmes… », m’avait confié une fois le fils du libraire, qui est très au courant des choses de la vie, vu qu’il lit beaucoup de livres de cow-boys « …tu peux t’attendre au pire. » C’est bien pour cela que je tends le dos.

La voilà qui se dirige vers le poulailler.
Bruit de chaîne sous la roulotte… C’est son chien, qui s’ébroue. Lequel, tiré de ses rêves, s’est levé d’une traite. En bâillant. Puis en éternuant deux ou trois fois.
– Chut ! qu’elle lui fait. Un doigt sur les lèvres.

La petite gitane ouvre le portail. Une ombre qui s’avance à sa rencontre… Ouf ! C’est « Belle », sa biquette blanche. Qu’elle embrasse comme du bon pain – si elle se met aussi à faire la bise à toutes les poules, on n’est pas sortis de l’auberge…!

Non… La voici qui ressort. Deux gros baisers sur les joues du chien, qui n’attendait que ça… Frrr ! Sur le toit de la roulotte, son mainate bat des ailes. Une petite tape amicale sur son dos, histoire de le calmer… Elle a eu chaud. Encore un peu il allait lui faire le compte-rendu de la journée. Vu qu’il est du genre bavard.

Puis la petite de se glisser par la porte de la roulotte restée entrouverte. Elle craque une allumette. Soulève le tube de verre d’une lampe à pétrole. Tourne la molette. La mèche s’enflamme – chez elle, l’usage de l’électricité étant uniquement réservé au four, conformément aux usages simples de sa famille –.
Elle s’assoit. Sort un cahier. Une plume. Un encrier. Lève la tête au plafond. Histoire de se donner le temps de la réflexion. Puis se met à écrire… Vite. Très vite. De toute évidence, elle semble très inspirée.
Aucun bruit dans la maison à quatre roues. Apparemment, tout le monde dort… Même les bêtes, à l’entour, ont repris leur somme interrompu.
Une légère brise tutoie les feuilles. Si le vent s’y met, il balaiera les nuages. Et on y verra plus clair. Mais ce n’est pas pour tout de suite.

Je m’approche de la fenêtre. Comme elle est belle sous le halo de la lampe ! Son visage penché irradie dans l’obscurité. À tel point que je me demande si c’est la lampe qui brille ou si c’est elle qui luit. On dirait une sainte vierge. Avec cette mèche brune qui tombe sans arrêt sur ses yeux. Et qu’elle remonte d’un geste gracieux de la main. Puis cette médaille de sainte Sara, échappée de son corsage ! Reposant involontairement sur la table. L’instant est magique. Et tellement magique que je ne peux empêcher une larme de perler au coin de mes paupières.
C’est vrai ce que disait le gros : Elle est trop bien pour moi.
Je ne peux détacher mes yeux de ce tableau en tout point admirable. C’est la première fois que je regrette de ne pas être peintre. Pour fixer le portrait de la petite sur la toile. Si j’avais été un Renoir, un Quentin de La Tour ou une Marie Laurencin, je l’aurais intitulé « L’enfant à la plume ». Mais il ne faut pas rêver. Si je suis bon pour trouver les titres, je ne le suis pas pour manier le pinceau. Même que lorsque je peins, j’en mets autant sur la feuille que sur moi…
Sans m’en rendre compte, je me suis tellement approché, que j’ai le nez collé au carreau.
Oh ! La voici qui lève la tête. Se tourne vers moi. M’aperçoit. Puis me sourit… Un sourire à décrocher les nuages.
Non. Il y a des sourires qui ne trompent pas. Je suis soulagé. La petite m’aime encore. La
preuve !
Puis, la paume de sa main posée à plat au bord de ses lèvres, la voilà qui m’adresse le souffle d’un baiser. Lequel vient de traverser la vitre. Et de se planter, comme une écharde. Dans mon cœur.
À présent, elle me fait signe qu’il est temps pour moi d’aller dormir…
Demain, c’est sûr. Demain, on se dira tout. Et je ne serai plus jamais triste. Le soleil brillera de nouveau au manoir.


À SUIVRE

 

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