ROMANS

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ROMAN N°01 : "L'école dont l'instit est un cancre"

Interview lors de la sortie du second tome:

Épuisé
 

Ed.Praelego-2ème volume

ROMAN N°02 : "le Lézard dans le buffet"(Extrait)

 

 

ROMAN N°3 : "Lucile Galatte ou le temps des gauloises bleues"

Amazon - La Fnac - Épuisé

ROMAN N°04 : "Le bal des pourris"....

https://www.atramenta.net/ebooks/le-bal-des-pourris/1225

ROMAN N°05 : La Lieutenant au jupon rouge Épuisé

ROMAN N°06 : Popaul, l'enfant qui voulait aller au ciel retrouver sa mère.

 

Le Pythagore éditions www.lepythagore.com

ROMAN N°07 :Sacré Popaul !

Le Pythagore éditions
www.lepythagore.com

ROMAN N° 08 :Popaulissime !

Le Pythagore éditions
www.lepythagore.com

ROMAN N° 09 Signé Popaul

Le Pythagore éditions
http://www.lepythagore.com

ROMAN N° 10 La carte à jouer

Compte-rendu du comité de lecture

ROMAN N° 11 La chair salée a disparu

https://liralest.fr

ROMAN N° 12 Riton le facteur et son chien Marcel...en tournée.



www.lepythagore.com

ROMAN N° 13 L'or de la Barse

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À lire

ROMAN N° 14 Popaul: scout toujours prêt!

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ROMAN N° 15: Dis maître...Est-ce que tu veux bien être mon père?"

En attente de publication

 

ROMAN N° 16 .Et mon coeur de battre comme un joli p'tit tambour

http://www.lepythagore.com

ROMAN N° 17 : Un amour de Popaul En attente de publication
ROMAN n° 18:: Marie des Varennes En attente de publication
ROMAN n° 19:: Le maître d'école et la fille du vent En attente de publication
ROMAN n° 20:: Popaul et le p'tit vendeuvrois. En attente de publication
ROMAN n° 21:: Un petit soulier rouge dans la neige blanche

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ROMAN n° 22:: Qui en veut au coq du clocher? ¦À proposer à l'édition
ROMAN n° 23:: Le temps des loups À proposer à l'édition
ROMAN n° 24:: J'ai l'honneur de vous dire... que vous n'êtes pas invités à mes funérailles À proposerà l'édition
ROMAN n° 25:: Laurine

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ROMAN n° 26:: L'itinéraire d'un crétin À proposer à l'édition
ROMAN n° 27:: Les becs brûlants À proposer à l'édition
ROMAN n° 28: Supporters êtes-vous là? A proposer à l'édition

 

– LE CHALLENGE: PUBLICATION CHAQUE MOIS DE NOUVEAUX CHAPITRES ECRITS AU JOUR LE JOUR –

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Christian Moriat

 

 

 

 

CHAPITRE 10

Réticences

 

 

Ira-t-elle ? N'ira-t-elle pas ? Les parents de Marinette sont en pleine discussion. Vu qu' ils n'étaient pas au courant de la proposition du jeune homme.
Bref ! En clair, ils lui déconseillent d' assister à la rencontre Lens-Marseille de samedi prochain. Prétextant que le voyage au Stade Bollaert ne rime à rien. Que Lens, c' est beaucoup trop loin. Que le football est un sport de garçons – une activité des rues. Qu'il est bêtifiant. Qu'elle va avoir froid. Qu'elle va s'ennuyer. Qu'il y a souvent des heurts entre supporters et qu'elle risque de prendre des mauvais coups. Puis qu'il lui faudra obtenir l'accord de monsieur Tourneur afin de justifier son absence. Argument ultime qu'elle balaie aussitôt en expliquant que le bus rapatriant les supporters dans la nuit de samedi à dimanche, elle aura toute latitude pour être à temps à son poste, puisque le magasin n'ouvre qu'à neuf heures. Puis qu'elle aura encore suffisamment de temps pour dormir dans le car. Et qu'il faut profiter de l'occasion vu que celui-ci les prendra au vol, sur la place de la mairie de Varèges.
– Tu n'y penses pas ! C'est de la folie. Tu vas être éreintée, se récrie sa mère.
– Admettons, renchérit son père. Encore que... Mais, pour le samedi, comment comptes-tu faire ? Il y a toujours foule le week-end, à la Maison de la Presse. Ton patron risque de la trouver mauvaise.
– Monsieur Tourneur est un homme arrangeant. Comment a-t-il fait lorsque j'ai été malade, l' hiver dernier ? Il a fait appel à sa femme pour me remplacer.
– Tu fais comme tu veux. Mais tu as un emploi. Tâche de le garder.
– Il acceptera. Il a trop besoin de moi. D'autant plus que je manque rarement.

Monsieur et madame Legoédic, qui ne cessent de répéter que leur fille est « folle », s' effraient des liens qu'elle est en train de tisser avec un jeune homme qui a des goûts si peu en rapport avec les siens. Tout en se reprochant secrètement de l'avoir reçu, avec autant d' affabilité. Mais pouvaient-ils agir autrement ? Elle qui a été si bien accueillie par la famille Courcelles.

Il n' empêche qu'ils sont injustes avec lui. Alors qu'ils ne le connaissent pas – n'hésitant pas à lui coller toutes les tares du monde sur le dos. Même les moins gratifiantes. Le traitant de « gamin », de « dépensier » et de « béotien ». Alors que pour leur fille ils auraient souhaité un parti d'une tout autre envergure. Mais, pour ne pas renforcer leur Marinette dans son entêtement, et éviter qu'elle ne se cabre, ils se gardent d'exprimer à haute voix leur pensée.
Malgré tout, il y a des non-dits qui peuvent parfaitement s'entendre. Ce qui est le cas. Aussi, en fine mouche qu'elle est, posément, elle leur répond que « son » Jérôme n'est pas « l'être frustre et inculte » qu'ils prétendent. Qu'au contraire, il est d'une bonne écoute. Qu'il ne demande pas mieux de s' informer de ce qu'il méconnaît, comme la musique classique et la littérature, par exemple. Vu qu' il est curieux de tout. Puis, qu' il a une belle plume, à en juger par les articles qu'elle a lus de lui. Lui qui veut entrer dans une école de journalisme. Et qui réussira. Parce qu'il en a la volonté.
Enfin, elle conclut en déclarant qu' au village, il jouit de l'estime de tous. Tant il est aimable. Tant il est serviable. Tant il a le cœur sur la main. Tant.... Et elle s’arrêtera là, manquant d'adjectifs pour vanter ses qualités. (De toute évidence, Marinette est amoureuse de Jérôme. C'est ce que, la mort dans l'âme, ses géniteurs comprennent.)

Certes, le projet de tenter le concours à l'école de journalisme est un argument qui plaide en sa faveur. Ce que ne manque pas de lui faire savoir son papa. Néanmoins, il est dubitatif quant à ses résultats. N'a-t-il pas raté la première cession du baccalauréat ?
– Ce n'est donc pas un aigle, ton Jérôme, conclut-il, sans pitié.

Mais ce dont il ne se rappelle plus, c'est qu'il a été jeune, lui aussi. Et qu'il doit pardonner à ceux et à celles qui aiment. Lesquels manquent souvent d' objectivité. L'amour – hélas ! – dissimulant bien des réalités.
Malgré tout, son père de s'étonner des dispositions du jeune Varégeois en matière d'écriture, étant donné qu’apparemment, et selon sa fille, il lit peu.
Mais la jeune femme a réponse à tout.
– Contrairement à ce que vous pensez, il lit beaucoup. Mais ce sont des revues consacrées au football. Avec lesquelles il a été abonné dès son plus jeune âge. Or, comme il ne lit que cela, il en est imprégné. Ce qui explique la qualité, non pas purement littéraire – encore que –, mais journalistique de ses comptes-rendus de matches. Je peux vous certifier qu'ils n'ont rien à envier aux journalistes les plus chevronnés.
Aussi, son amour pour lui est tel qu'elle n’hésite pas à le comparer à Antoine Blondin, le chantre du Tour de France.
– En formant des vœux pour qu'il ne boive pas autant que lui, coupe son père, narquois.
Cette remarque qui se veut trait d'esprit, a le don d'agacer la jeune fille.

Monsieur et madame Legoédic sont dubitatifs. Ce qu'ils comprennent, c'est que leur fille s'est entichée d'un jeune homme. Voilà tout. Et cela les contrarie. D'autant plus que d'enfants, ils n'en ont qu'une. Leur égoïsme, malgré eux, les incitant à mettre des obstacles au désir qu'elle a de s'émanciper. Ce qui toutefois est bien compréhensible de leur part, vu que, d' une manière générale les parents craignent toujours pour des enfants qu' ils veulent éternellement garder auprès d'eux.
Il y a peu, n'avaient-ils pas confié à un couple de leurs amis, qu' ils n' avaient pas vu leur enfant grandir ? Elle était petite fille. La voilà devenue femme. Ce à quoi, et selon la formule consacrée, il leur avait répondu : « C' est la roue qui tourne ».
Hélas pour eux, Marinette a vingt et un ans. L'âge où les enfants commencent à quitter le cocon familial.

– J' irai quand même, décrète la jeune fille avec fermeté. Je ne suis plus une gamine.
Et, c' est avec tristesse qu' ils en restent là pour aujourd'hui. Ses géniteurs ne désespérant pas de revenir plus tard à la charge. Profitant, et ils n'en doutent pas, d'un moment plus favorable. Afin de lui faire entendre raison. Car, à la limite, qu'elle continue de fréquenter ce jeune homme, pourquoi pas ? Mais, dans l' immédiat, il faut absolument l'empêcher de se rendre à ce match 

.

..

..

CHAPITRE 11

Le soulagement des parents

 

Lens-Marseille ? Finalement, Marinette n'ira pas. Elle a dû s'aliter. En cause, une grippe contactée au magasin – cette année, l'épidémie fait rage à Varèges. Et nombreux sont celles et ceux qui en sont victimes.
La faute – en ce qui la concerne – à un client qui n'a pas cessé d'éternuer devant elle, pendant qu'elle s'évertuait à lui présenter le dernier ouvrage de Claude Berthelet intitulé « Le temps des loups ». Un roman historique sur une invasion de canidés en Champagne méridionale au Moyen-âge.

C' est Jérôme qui est désolé.
C' est la jeune vendeuse qui est navrée.
C' est monsieur Tourneur qui est contrarié.
Contrairement à ses parents qui, secrètement, se réjouissent.
Que n'auraient-ils pas fait pour la dissuader d'aller assister à un match au terme d'un voyage qui, de leur avis, était à la limite du raisonnable ? Mais sans doute pas au prix d'une maladie qu'ils auraient voulu plus légère.
Le sort en a donc décidé autrement, en leur venant en aide – si l'on peut dire –, d'une manière inattendue. Mais quand ils ont constaté, ce matin, qu'elle ne pouvait pas poser le pied par terre. Quand ils ont pris la mesure de son état. Et quand ils ont vu le thermomètre bondir, ils se sont affolés. Regrettant amèrement que leur désir, qui consistait à l'empêcher de partir, ait été rattrapé par la réalité. Une réalité dont ils seraient bien passés.
Aussi font-ils appel au médecin.
Celui-ci, débordé n'arrive qu'en début d’après-midi – le tout, en coup de vent.
Toutefois, forte température de la malade, gorge enflammée, amygdales gonflées, difficulté à avaler, nez qui coule, toux, enrouement, maux de tête, extrême fatigue... pour l'homme de science, étant donnés les symptômes, le diagnostic n'est pas difficile à établir.
– Ce n'est pas une grippe. C' est une belle angine, conclut-il.
Antalgiques et antibiotiques ayant été immédiatement prescrits, ses parents n'ont qu'une seule chose à faire : se rendre à la pharmacie et la laisser dormir. Aussi y courent-ils au plus vite.

Quant à Jérôme et au chauffeur qui devait les conduire tous trois en voiture à Bar-sur-Aube, afin de prendre le car de supporters, sont bien marris de ne pas la voir place de la mairie de Varèges, lieu du rendez-vous. Que se passe-t-il ? La jeune fille a-t-elle un empêchement de dernière minute ? Pourquoi ne les a-telle pas prévenus ?
– Excuse-moi, partenaire, dit son pilote. Mais je dois y aller. Sinon, je vais être en retard et le bus va partir sans moi.
Puis il a démarré. Le laissant sur la place.

Comme il est trois heures et demie du matin, ce dernier décide de retourner chez lui. Et d'attendre l'ouverture de la Maison de la presse, afin de savoir ce qu'il en est.
Neuf heures ! C' est normalement l' heure d'arrivée de la jeune vendeuse pour un magasin qui ouvre à sept...
Il a beau regarder à travers la vitrine, elle n'est toujours pas arrivée. Bizarre ! Que faire ? Il décide de patienter chez lui, puis de revenir, à intervalles réguliers. Vu qu' il ne demeure pas loin... Aussi pourra-t-il mettre à profit ce malheureux concours de circonstance pour réviser. L'examen de rattrapage ayant lieu dans une huitaine de jours.
Dix heures... Onze heures... Onze heures et demie... Personne ! Ce n'est pas normal.
Certes. Marinette lui avait fait part des réticences de ses parents à la laisser partir. Mais il est impensable qu'ils l'aient retenue contre son gré. Une jeune fille de vingt et un ans ! Son aînée ! Plus jeune femme que jeune fille !
Monsieur Tourneur, apercevant son manège, sort du magasin pour l'avertir :
– On m'a téléphoné. Elle a la grippe. J'attends ma femme. Je suis littéralement débordé.

À midi, il se résout à aller sonner chez les Legoédic...
S'ouvre la porte. Comme à regret. Et c'est avec une certaine réticence que ces derniers consentent à l'entrouvrir. Comment pourraient-ils agir autrement ?
Tout de go, ils lui déconseillent d'entrer :
– Non. Monsieur Tourneur s'est trompé . Ce n'est pas la grippe qu'elle a. Mais une forte angine.
– Je peux la voir ?
– Non. C'est trop contagieux. Dès qu'elle ira mieux, on vous fera signe, promet le père, sans conviction.
– Ce serait malheureux d'attraper son mal avant votre examen. Soyez raisonnable, déclare la mère, sans chaleur.

Malgré lui, il comprend qu'il n'est pas le bienvenu. Et notre ami de repartir, le cœur gros. Non pas à cause du match manqué. Mais en raison de l'état de santé de sa bien-aimée, qu'il plaint.
Il l' imagine dans son lit. La tête sur l'oreiller. Le teint pâle. Les yeux rouges. Épuisée. Et le front couvert de sueur. Avec une toux qui lui laboure la poitrine. Qui l'étouffe. Et accentue sa migraine.
Elle souffre indubitablement. Et combien il aimerait prendre sa douleur, si cela pouvait la soulager. Tel est le sort des amoureux qui pour leur belle, sont prêts à se sacrifier.
Et dire qu'il se faisait une joie de la présenter à ses amis. Tant il aurait été fier de l'avoir à son bras – Tiens ! Il n'a encore jamais osé la prendre par le cou ; ne serait-ce que lui tenir la main, par exemple. Quant à l'embrasser, s'il en a déjà eu l'idée, il le confesse, il ne s'en est jamais avisé. Elle, si jolie. Si gracieuse. Si cultivée. Si... les mots lui manquent tant sont nombreuses ses qualités. Et dire qu' il rêvait de passer une bonne journée avec elle... Et une partie de la nuit. Sur les gradins du stade. Ou sur le fauteuil d'un bus. Adieu projet ! Adieu délice ! « Mon Dieu ! Faites qu'elle guérisse vite ! »
Aussi, faisant contre mauvaise fortune bon cœur, retourne-t-il à « ses chères révisions ». En se hâtant lentement. Tant il a la tête ailleurs. Préoccupé qu'il est par la santé de Marinette. Et le manque de cordialité de ses parents qui, au plus haut point, le tracasse.
Se hasardera-t-il encore à frapper à leur porte ? Il se le demande. Tant il est déçu.

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CHAPITRE 12

La cession de rattrapage

 

 

Jérôme sait qu'il ne doit pas se rater. S'il veut entrer dans une école de journalisme, il ne doit pas gâcher sa dernière chance.
Cependant, cette année, l’Éducation nationale a fait le choix de l'innovation, en changeant les modalités du baccalauréat. Lequel se compose de deux sessions : l' une écrite et l' autre orale, dite de contrôle ou de rattrapage.
Pour la première, seuls les candidats ayant obtenu douze de moyenne sont reçus d'office, ce qui les dispense de passer la seconde épreuve, qui consiste à bonifier les notes obtenues précédemment, à laquelle se surajoute la seconde langue – l' anglais pour Jérôme. La première langue – l' allemand toujours pour notre ami –, étant au programme de l' exercice précédent.
Au terme des deux parties, c'est toutefois la moyenne de dix qui donne droit à l'obtention du diplôme. En d'autres termes, ceux qui, lors de la première cession ont entre dix et 11,99, sont pratiquement certains d'être bacheliers. Ce qui est le cas de notre Varégeois, qui a eu 10, 58. À moins que la langue de Shakespeare ne vienne contrarier un succès qui lui tend les bras.
Pourquoi l’Éducation Nationale a-t-elle voulu tester cette formule ? Est-ce pour limiter le nombre des examinateurs? Vu que l'élite étant exemptée de l'oral, de ce fait, les professeurs n'ont plus de copies à corriger.
Jérôme n' en sait rien. De toute façon, ce n' est pas le genre de question qu'il se pose, en franchissant les grilles du lycée de garçons de , transformé pour l'occasion en centre d' examen.
Aussi pour notre candidat, est-ce une question de stratégie.
Tout d' abord, sa priorité consiste à améliorer la note de 6 sur 20 coefficient 4, malheureusement acquise dans la langue de Goethe. C' est obligatoire.
Ensuite, outre cette discipline qu'il se doit absolument d’améliorer, il est tenu de faire ses preuves dans deux autres matières, anglais compris, matières pour lesquelles ses notes sont au-dessus de la moyenne. Ce qui apparaît comme un non-sens.
Aussi se perd-il en conjectures. Doit-il choisir l'épreuve de français où il avait « décroché » un 12 ? Ou celle de philo où il avait obtenu un 14 ? Logiquement il a opté pour le français, puisque cette note est plus faible. Tout en se disant que cela ne servira à rien. Et que, selon ses termes, c'était « du remplissage ».

Malgré tout, le jeune lycéen est angoissé.
Le voici justement devant le jury de français.
C' est une femme – il aurait préféré que ce soit un homme, parce que, selon d'anciens étudiants, les femmes ont la réputation d'être plus sévères que leurs homologues masculins –, qui lui propose les « Essais » de Montaigne. Dont le chapitre consacré à « L' apologie de Raymond Sebon ».
De prime abord, l' examinatrice, assise derrière un pupitre, correspond à l'image type qu'il se fait du corps professoral féminin. Vêtue d'un tailleur gris souris et d'un corsage blanc, avec des cheveux bruns ramassés derrière la tête, en un impeccable chignon où aucun cheveu ne dépasse, l' aspect extérieur de la professeur de lettres accentue la stricte attitude d'une professeur à l'ancienne.
C'est une petite dame d'une cinquantaine d'années, juge-t-il. Et les quelques rides qu' elle arbore sur le front et à l'angle des yeux, prouvent qu'elle a dû voir défiler pas mal de lycéens.
Malgré tout, derrière sa rectitude, le sourire est engageant. Car, visiblement, elle tient à mettre à l'aise le jeune candidat.

Profitant de ce qu' elle en termine avec l'élève précédent, le jeune homme d' écrire quelques notes à la volée, sur une feuille de brouillon, après rapide relecture de l' extrait concerné.
Une fois appelé, d’ emblée, celui-ci se sentant en confiance, parle d' abondance. Et si le débit laisse peu de place aux silences, c'est parce que sa stratégie est la suivante : prendre la main sur la parole de la personne qui interroge, afin d'éviter les questions susceptibles de l'embarrasser. Ce qu' il convient d' éviter. Car, et il faut être franc, entre le vocabulaire employé par les journalistes de France football et celui utilisé par l'ami d’ Étienne de La Boétie, entre les deux, l' écart est abyssal. Quoi que...
Bref ! Jérôme de mettre en lumière l' humanisme du philosophe et son scepticisme entre la possibilité de la connaissance et la saisie de l'être. Ce qui lui vaut de déclencher un hochement de tête approbateur de la part de la professeur.
Aussi ne fait-il l' impasse sur rien.
De la pensée d'un Sebon, dont il expose la théologie naturelle, en passant par l'objection des rationalistes, jusqu'à l'homme considéré par lui, comme « le plus laid des animaux », et les qualités esthétiques et morales, dont l'humain se fend d'avoir l' exclusivité, notre ami est inarrêtable.
Aussi, comme il est plein de son sujet, l’enseignante de le laisser discourir. Sans trop intervenir.
C'est alors qu'au beau milieu de sa démonstration, il est brusquement interrompu par la collègue de son examinatrice qui lui demande sans vergogne et avec insistance, quand est-ce qu'il va se décider à se rendre auprès d'elle pour l'oral d'allemand, vu qu' elle en a fini avec sa liste de candidats et qu' elle a envie de partir au plus tôt (ce qu' elle ne dit pas) . Aussi, et d' une manière peu courtoise, l' invite-t-elle à se dépêcher car il est le dernier à passer.
Il s'agit d' une blonde à la robe flottante et quasi transparente. Plutôt jolie. Mais dont l' énervement gâche le romantisme. Bref ! Une personne dans le vent. Qui, visiblement, n'a pas froid à des yeux qu'elle a bleus. Autrement dit le genre qu' on rencontre plutôt dans les boîtes de nuit que dans les établissements du secondaire.
Surprise et outrée, la professeur de français de lui jeter un regard glacé. Mais pour éviter tout conflit, elle déclare qu'il en a terminé. Quant à l' ami Jérôme, il faut bien reconnaître que celui-ci n'est guère pressé. Pourtant, tôt ou tard, il va devoir s'exécuter. C’ est obligatoire.
– Bien, bien, bien, fait la professeur de français à l'intention du jeune Varègeois. Nous allons nous arrêter là. Je vois que vous connaissez parfaitement Montaigne et ses Essais. Puissent ses réflexions vous être utiles dans votre vie personnelle.
Puis avec ironie, et à l' intention de sa collègue, elle ajoute :
– Ne tardez pas. Vous avez rendez-vous avec Bismarck.
Ce que cette dernière, qui attend Jérôme près de la sortie, ne relève pas. De toute façon, elle n'a rien entendu. À telle enseigne qu' elle a déjà un pied dans le couloir. Même que notre lycéen a du mal à la suivre. Pour se rendre dans la classe d'à côté.

Tous deux de pénétrer dans une salle complètement déserte. Ce qui est logique puisque la Deutschelehrerin, à part le jeune Varégeois, n' a plus de candidats. Vu, qu' ils sont tous passés, d’après ce qu' elle a signalé.

– Après lui avoir choisi le texte de « Die Leiden des jungen Werther» (Les souffrances du jeune Werther), elle explique :
– Vous avez cinq minutes pour vous préparer. Pas une de plus
Deux minutes après, elle l' appelle...
À peine Jérôme est-il assis, et après avoir jeté un coup d’œil sur son brouillon, sans ambages, la voilà qui déclare :
– C'est vous qui écrivez aussi mal ? À l' écrit, je n'ai pas pu vous lire.
Ce qui ne met guère notre candidat en condition, avant que ne débute un « interrogatoire », bien entendu tout en allemand :
– Que vous inspire ce texte ?
– Ich denke dass...
En quelques mots, il entreprend de résumer le roman épistolaire du poète de Weimar, adressé à son ami Wilhelm. Mais il n'ira pas plus loin, car elle le coupe sans plus de façon et explique que ce n'est pas ce qu' elle attend de lui, vu que « le béotien le moins ignare connaît l'intrigue ». Ce qu' elle souhaite, c' est confirmer ou infirmer les propos de madame de Staël, qui avait écrit que Werther avait causé « plus de suicides que la plus belle femme du monde. » Comme quoi, l' examinatrice est d'un romantisme qui la rend sensible aux potins et aux faits divers. Puis celle-ci de lui demander d' évoquer le mouvement politique et littéraire allemand « Sturm und Drang ». Lequel s'inspire des idéaux d' un Jean-Jacques Rousseau et d' un William Shakespeare.
Aussitôt, notre candidat de perdre pied. Ses mains de trembler. Son front de devenir moite. Et ses jambes aussi. Visiblement, à part la volonté de liberté et l'apologie de la nature propre aux thèmes de l' auteur, il ne connaît pas grand-chose sur un mouvement qui, pourtant, enflamma la seconde moitié du XVIIIème siècle.

Or, que fait-on quand on ne sait rien ? Ou pas grand-chose ? On gagne du temps en s'étendant sur les quelques notions que la mémoire a gardées. Ce qu'il fait. Après diverses corrections verbales de la part d'une professeur que l'on croirait monter sur ressorts. Tant elle ne tient pas en place sur sa chaise. Tout en lançant des « Schnell ! Schnell ! Schneller ! », et des « Plus vite ! « Plus vite ! » et « Encore plus vite ! », à tire-larigot.
Jérôme voit tout tourner...
C'est alors qu'intervient son sauveur, en la personne de la concierge de l’établissement ; laquelle agite, sans plus de cérémonie, un trousseau de clefs sous leur nez :
– C'est à qui ?
Rapidement, la jeune femme de fouiller dans son sac à main, pour constater que ses clefs n'y sont plus. Ouf ! Ce sont bien les siennes. Elle respire, en songeant aux soucis que cette perte aurait pu engendrer.
– Où les avez-vous trouvées ?
– Dans la cour. C' est un élève qui me les a rapportées.

Et questions de reprendre tambour battant. Mais la professeur d' allemand n' écoute plus les réponses. Elle est ailleurs.
Sans doute pense-t-elle encore aux clefs qu' elle a failli perdre ? Ou aux derniers jours de vacances dont elle aura bientôt loisir de profiter... une fois notre lycéen passé ?
Elle se voit déjà au soleil, sur la plage, lors que devant elle, dansent les bateaux sur une mer d'un bleu immarcescible. Il lui faudra toutefois faire vite, car l'automne va bientôt arriver.
Soudain, la voilà qui se lève, qui écrit quelque chose sur un carnet XXL et qui conclut :
– C' est bien. Vous avez doublé votre moyenne !
Et la voilà, qui referme son grand cahier, qui range son stylo dans une trousse qu'elle glisse dans les profondeurs de son sac, puis qui file vers la sortie, laissant notre Jérôme heureux mais pantois, après un vague et sec « Au revoir !» Puis qui revient – elle avait oublié de remporter le registre de notation. Quelle étourdie !
Pour finalement quitter les lieux pour de bon.

Le jeune homme de regarder sa montre. Midi moins le quart. A-t-il encore le temps de passer à l'oral d'anglais ? Le mieux c'est de demander au professeur en question.
– Revenez cet après-midi, vers quatorze heures, lui dit « l'English examiner », qui l'aperçoit en train d'attendre, par l’ouverture de sa porte.

Que faire ? Heureusement pour lui, sa mère lui a préparé un sandwich qu'il décide d'aller manger sur un des bancs du Jardin du Rocher. Situé en face du lycée. En compagnie de Bernard Pilon, un camarade de classe, qui est dans la même situation. Par contre pour lui, c'est la philo qu'il a choisi de repasser cet après-midi.
Tout en déjeunant, ce dernier de lui donner des conseils.
– Tu verras, le prof d'anglais est très cool. Même qu'il te propose de choisir le texte que tu préfères. Je viens de passer. Même qu'il ne descend pas en-dessous de 13. Si tu veux, comme tu ne sais pas quoi faire, tu n'as qu'à prendre une œuvre quelconque et la préparer, pendant qu'on mange. Ça t'occupera. Je peux même t'aider, si tu veux.

Ce qui fut dit, fut fait.
À quatorze heures précises, voilà notre Jérôme une nouvelle fois devant la porte de la classe. Au moment précis où arrive l'examinateur.
Il s'agit d'un trentenaire longiligne, aux cheveux bruns et longs, façon Beatles, très sympathique. Pantalon et veste de jean. Rangers aux pieds. L'apparence même du motard, dans « le civil ».
D'emblée, il l'invite à s'asseoir à un pupitre, en face de lui. Puis il réclame le livre que Jérôme a étudié durant son année scolaire. Pour, après l'avoir feuilleté, lui proposer un texte en prose qu'il n'affectionne guère. D’ autant plus que ce n'est pas ce qu'il avait préparé avec l'ami Pilon, sur le banc du square.
Ayant remarqué la moue esquissée sur les lèvres de son candidat, le professeur de s'interroger:
– Vous n' aimez pas cette œuvre ?
– Je préfère la poésie.
– Curieux ! Tout le contraire de vos camarades qui l'apprécient peu. Hé bien, montrez-moi.
Quelques pages plus loin, Jérôme de s'arrêter à « Shadow March » de Stevenson (« La marche des ombres »).
– Vous avez bon goût.
– All around the house is the jet-black night;
It stares through the window-pane;
It crawls in the corners, hiding from the light,
And it moves with the moving flame.

Ce qui donne, après rapide traduction...
– Tout autour de la maison il y a la nuit noire ;
Elle scrute à travers les carreaux ;
Elle rampe dans les coins, se cachant de la lumière,
Et se déplace avec le mouvement de la flamme...
Ensuite, notre candidat d' évoquer la vie de l'écrivain écossais, lequel est également auteur de « L'île au trésor » et de « L'Étrange cas du docteur Jekyll et de M. Hyde ». Puis de mettre en exergue son style avec ses anaphores au début de certains vers puis l'élégance de ses rimes. Enfin, il en termine en mettant l'accent sur la force de l'image et des mots.

L'examinateur de lui poser ensuite quelques questions d'ordre grammatical, avant de lui décerner la note de 13 – l'ami Pilon avait raison. Jérôme venant de comprendre, non sans amertume, qu'il ne fait pas partie de l'élite. Mais l’essentiel n'est-il pas de réussir à son examen ? En tout cas, cela en prend le chemin.
De fait, s' il se soucie peu de sa note de français, en ce qui concerne celle d' allemand, il reste dubitatif – note que, d'après son examinatrice, elle aurait paraît-il doublée ? S'il se réfère à celle de 6 précédemment obtenue à l' écrit ? Mais peut-il se fier à sa parole ? La professeure étant un peu follette...
Mais, le jeune candidat est fataliste:
– Advienne que pourra, se dit-il. Je ne regrette rien. J' ai donné le maximum.

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CHAPITRE 13

Les résultats

 

 

Cependant, c'est le cerveau vidé et le cœur débarrassé d'un grand poids que Jérôme et Bernard se réfugient au Café du Commerce, situé à deux pas, pour boire un soda bien mérité. Dans l'attente de résultats qui doivent être affichés en soirée, sur les grilles du lycée, aux alentours de dix-neuf heures.

L'attente est longue. Et les deux copains de nerveusement tourner et retourner leur verre entre leurs doigts. Le tout sans trop verbalement s'étendre. Vu que ce qu'ils se sont dits n' est plus à dire. D'autant plus qu'ayant donné le meilleur d'eux-mêmes, la fatigue nerveuse commence à se faire sentir.
– En philo, je suis tombé sur « L'eau et les rêves » de Bachelard. Je ne connais pas ma note. J'espère qu'elle sera bonne, avait déclaré son compagnon.
– Si j'avais choisi cette discipline, j'aurais fait un malheur, déclare notre ami. Car du Gaston Bachelard, j'en ai mangé tout au long de l'année. Surtout avec un prof qui a été son élève, quand Gaston a enseigné à Bar-sur-Aube.
– Il n'empêche que je l'ai toujours trouvé rudement obscur ton Bachelard. J'aurais préféré Alain. Ou bien Voltaire et Rousseau.
– En anglais, j'ai eu 13.
– Je t'avais prévenu. Il ne descend jamais en dessous.
Puis à court de sujets, échanges de s'éteindre comme neige au soleil.

Il est seize heures trente. Encore deux heures et demie à patienter... dans le bruit du petit café, au milieu des rires et des conversations sans profondeur des consommateurs, mêlés à l'entrechoc des verres à l'intérieur du bac à vaisselle et dans l'âcre odeur du percolateur.
Entre temps, Jérôme a téléphoné à son père pour qu'il vienne le chercher à sept heures et demie – Varèges étant à trente deux kilomètres de .
Quant à Bernard, il a fait de même avec ses parents.
Maintenant, ils s'ennuient. Si le premier vient de se plonger dans « l' Équipe » qu'il vient d'acheter – magazine pour lequel il est abonné, mais qu'il n'a pas encore reçu –, le second, qui n'a envie de rien, tente de dormir, tête posée sur ses bras croisés et appuyés sur la table.

Cinq heures... Cinq heures et demie... Six heures... Le temps traîne en longueur... Six heures... Six heures trente... Enfin...
– Si on y allait ? propose l'ami Bernard.
– Encore un petit quart d'heure, lui répond notre Varégeois, qui, à l'approche des résultats, semble de moins en moins pressé. De toute façon, le lycée est à deux pas.
– Tu as peur ?
– J'appréhende.
– C'est comme moi.

Si l'attente a été longue, quelle joie malgré tout de découvrir son nom sur la liste des candidats reçus. Même que, pris par l'émotion, ils ont eu du mal à le trouver. Jérôme surtout, qui pensait l'avoir raté !
Bernard, libéré, de sauter comme un crapaud. Il pourra entrer à la faculté de Reims afin d'y poursuivre des études d'histoire-géo. Quant à notre ami, plus sur la retenue, de savourer intérieurement. À présent, les portes des écoles de journalisme s'ouvrent à deux battants. Ne reste plus qu'à choisir la meilleure. Aussi lui tarde-t-il d'annoncer la bonne nouvelle à Marinette.

– Je l' ai ! fait-il joyeusement à son père qui vient d'arriver.
– Même qu' il a une mention, précise son ami.
– Une mention ? T' es sûr ? J' ai pas vu.
Et l' ami Jérôme de retourner afin de jeter un œil sur le panneau : « Mention Bien », découvre-t-il.
C' est vrai. C' était bien marqué.

Et tous de quitter les lieux, après que nos deux camarades aient échangé leur adresse ; lesquels ont décidé de ne point se perdre de vue, lors de leur scolarité prochaine.
swx

 

 


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