ROMANS

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ROMAN N°01 : "L'école dont l'instit est un cancre"

Interview lors de la sortie du second tome:

 

Ed.Praelego- 2ème volume

ROMAN N°02 : "le Lézard dans le buffet"(Extrait)

 

 

ROMAN N°3 : "Lucile Galatte ou le temps des gauloises bleues"

Ed.Velours - Amazon - La Fnac - Gibert jeune

ROMAN N°04 : "Le bal des pourris"....


ROMAN N°05 : La Lieutenant au jupon rouge

ROMAN N°06 : Popaul, l'enfant qui voulait aller au ciel retrouver sa mère.

 

Le Pythagore éditions www.lepythagore.com

ROMAN N°07 :Sacré Popaul !

Le Pythagore éditions
www.lepythagore.com

ROMAN N° 08 :Popaulissime !

Le Pythagore éditions
www.lepythagore.com

ROMAN N° 09 Signé Popaul

Parution mars 2019 http://www.lepythagore.com

ROMAN N° 10 La carte à jouer

Parution Mars 2020 http://www.lepythagore.com

ROMAN N° 11 La chair salée À paraître

ROMAN N° 12 Riton le facteur et son chien Marcel...en tournée.


Le Pythagore éditions
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ROMAN N° 13 L'or de la Barse Parution prochaine
ROMAN N° 14 Popaul: scout toujours prêt! En attente de publication
ROMAN N° 15: Dis maître...Est-ce que tu veux bien être mon père?"

En attente de publication

 

ROMAN N° 16 .Et mon coeur de battre comme un joli p'tit tambour Parution Septembre 2019 http://www.lepythagore.com

 

LE CHALLENGE: PUBLICATION CHAQUE MOIS DE NOUVEAUX CHAPITRES ECRITS AU JOUR LE JOUR

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........................ ............ET MON CŒUR DE BATTRE

COMME UN JOLI P’TIT TAMBOUR


Christian Moriat

CHAPITRE 41

BENOîT PRASLON


Il est gentil le secrétaire de mairie. Ce matin, il vient à la maison. Et dit que c’est pour avoir des nouvelles de maman. Alors que ce n’est pas vrai. Car, si ça l’avait été, il n’aurait pas mis autant de temps à lui rendre visite.
Il n’empêche que ma mère est bien contente – tout au moins au début –. Car, comme elle dit toujours : « Il vaut mieux tard que jamais. »

– Vous voilà bien handicapée l’Arlette, qu’il lui fait.
– Hé oui, qu’elle lui répond.
– Et vous souffrez ?
– Hé oui.
– Beaucoup ?
– Beaucoup, beaucoup.
– Heureusement que vous avez votre fils pour vous aider.
– Hé oui.
Et ainsi de suite…

Puis il déclare qu’il est venu récupérer son tambour et ses baguettes…
On a le cœur brisé. Surtout qu’on ne s’y attendait pas. Lui qui venait d’annoncer à l’instant, que le but de sa visite c’était pour avoir des nouvelles de maman…
Alors, je monte au premier. Rapporte le matériel. Et le dépose sur la table.
Je regarde ma mère. Ses jolis yeux ne sont plus bleus. Mais gris.
Puis, comme cela ne suffit pas, il réclame le baudrier. Puis son uniforme d’apparitrice. Vu que c’est « propriété de la mairie ».
Je remonte au premier. En redescends avec ce qu’il m’a demandé. Ça fait un gros tas sur la table.
Maman est effondrée. Mais le sans-cœur fait comme s’il ne voyait rien.
– Vous avez trouvé quelqu’un pour me remplacer ? risque-t-elle, dans un souffle.
– Ça va venir, qu’il lui répond. Vu qu’il a l’ouïe fine.
Alors, il regarde le tambour sous toutes les coutures. Et constate :
– Il est abîmé.
Ma mère lui explique que ce n’est pas de sa faute. C’est la fois où elle était tombée. Devant le Café de Paris. Même qu’il avait traversé la rue pour atterrir dans le caniveau de monsieur Gérard, le charcutier.
– On ne le dira pas à monsieur le maire, qu’il rétorque.
Elle lui dit qu’il peut.
C’est alors qu’on frappe à la porte. C’est madame Praslon qui vient chercher son mari.
D’entrée, elle explique qu’il y a un cirque qui s’est installé sur le Pré Saint Georges. Sans autorisation. Et qu’il faut qu’il vienne au plus vite régler la situation. Surtout que les nouveaux venus ont des bêtes qui mangent les fleurs des riverains. Car au bord de la place, à droite, il y a un ruisseau. Puis des jardins. Comme il n’y a pas beaucoup d’eau, les animaux traversent à gué. Passent la tête par-dessus le mur des propriétés. Et hop ! D’un coup de langue, ils attrapent tout ce qui dépasse. Et même ce qui ne dépasse pas. Ce qui ne fait pas plaisir aux propriétaires.
Il lui dit :
– J’arrive.

Le voilà parti en quatrième vitesse. En laissant tout en plan. Et en déclarant qu’il viendra chercher « tout le barda » plus tard.
Alors, je remonte « le barda » au premier.
Mais, pris d’une décision subite, j’en redescends immédiatement :
– Je vais aller voir monsieur le maire, que je fais à ma mère.
– Pourquoi faire ? Pour moi, les tournées, c’est fini. Et bien fini.
– J’ai mon idée.

Au fait ! Quand maman a été de retour, à la maison, je vous avais dit que j’avais vu son ombre sur le sol. Même que j’avais trouvé qu’elle était toute petite. Or, quand je l’accompagnais autrefois, lors de ces tournées, avec mon « tambour-fait-tout », rose bonbon, elle me répétait souvent : « Pour jouer, tu attendras que la tienne soit plus grande que la mienne. »
C’est pour cela que je vais de ce pas à la mairie. Car les ombres sont ce qu’elles sont. Mais elles ne peuvent pas mentir…
Franchement…je pense que mon heure est venue.


CHAPITRE 42

CHEZ MONSIEUR LE MAIRE


– Toi, Louis ? Remplacer ta mère ? Tu es bien trop jeune, qu’il me dit, monsieur le maire. Un petit homme jovial. Tout en rondeur – un peu comme sœur Blanche –. Et toujours à l’écoute de ses concitoyens. De toute façon, s’il ne l’avait pas été, il n’aurait jamais été élu.
D’ailleurs son rêve avait toujours été d’être le premier magistrat de la commune – comme d’autres veulent être tambour de ville, mais c’est un exemple –. Lui qui, autrefois, répétait qu’il voulait se mettre au service des autres.
Alors, le jour des municipales, les Vendeuvrois lui avaient dit : « Prouve-le, Guérin ! » – puisque c’est son nom –. C’est comme ça que monsieur Guérin s’est retrouvé à la mairie avec 99,99% des voix. Ce qui est joli, comme score.
Et comme je sais qu’il a le cœur sur la main, c’est pour cela que je suis venu le trouver aujourd’hui.

Benoît Praslon, à côté de lui est tout autre. Il est petit de taille, comme son maître. Par contre, ce qu’il a perdu en largeur, il l’a compensé en malice.
C’est pourquoi, en m’entendant parler, il manque de s’étrangler.
– Tambour de ville, ce n’est pas un métier facile, qu’il déclare, alors qu’on ne lui demande rien.
– Pourtant, je l’ai déjà fait.
– Sans doute. Mais tu étais avec ta mère.
– Ce que j’ai fait avec elle, je peux le faire tout seul.
– Soit, intervient monsieur Guérin. Mais tu avais un petit tambour. Alors que celui de ta maman, est bien trop grand. Et bien trop lourd.
– Pas tant que ça.
– Sa tournée est longue. Tu seras fatigué avant d’avoir commencé.
– Sûr que non.

C’est alors que je leur parle de « l’ombre ». Comme ils ne comprennent pas, je leur explique que ma mère m’a toujours dit que le jour où mon ombre dépassera la sienne, je serai capable de lui succéder. Or, ce jour-là est arrivé.
Ce qui fait beaucoup rire Benoît Praslon. Lequel se tord sur sa chaise. Mais il faut lui pardonner. Il n’a jamais eu le sens du romanesque.
– J’ai mon idée, que je fais à monsieur Guérin.
Je lui fais signe de se pencher sur moi. Pour ne pas que le secrétaire entende. Car ma confiance en lui est limitée. Puis, dans son oreille je lui dis comment je compte procéder.
– Ah ! Pas mal ! qu’il concède, en souriant. Très astucieux.

Après avoir arpenté une fois ou deux le secrétariat de long en large – pour lui donner le temps de la réflexion –, il conclut, amusé :
– Ça ne coûte rien d’essayer.
– Je commence quand ?
– Demain. Ça tombe bien. J’ai des annonces à faire… Monsieur Praslon, s’il vous plaît, donnez-lui copie des arrêtés municipaux à publier.
Et celui-ci de me tendre, de mauvaise grâce, une moitié de feuille – à la mairie, on n’aime pas gaspiller, vu qu’il s’agit de l’argent des contribuables –, tout en faisant observer à son supérieur que si l’ombre de mon apparitrice de mère est plus petite que la mienne, son uniforme, par contre, est beaucoup trop grand pour moi. Qu’il ajoute en lui adressant un clin d’œil.
Mais monsieur Guérin fait semblant de ne pas comprendre :
– Tous mes vœux de prompt rétablissement à ta maman, qu’il conclut. Et dis-lui bien que si elle a besoin, elle peut toujours compter sur moi.
Puis, papier en poche, et après avoir remercié, je repars bride abattue à la maison. Pour annoncer la bonne nouvelle.

CHAPITRE 43

MOI, LOUIS, PETIT TAMBOUR DE VILLE


« Ran ran ran tapatara plan plan plan… »
Miette me supplie :
– J’aimerais bien le faire. Je peux essayer ?
Comme c’est grâce à elle si j’ai eu mon petit tambour à Noël – celui que Vergeot a saccagé –, je n’ai pas le courage de refuser. En plus, elle est tellement jolie ! Puis, gentille ! Vous ne pouvez pas vous imaginer à quel point elle est adorable. C’est d’ailleurs pour cela qu’elle est mon amie.
Pourtant, c’est moi qui suis tambour de ville, à la place de ma mère. C’est monsieur le maire qui l’a dit. Mais je n’ose pas le lui faire remarquer, de peur qu’elle prenne la mouche.
C’est d’ailleurs pour cette raison que j’ai mis la casquette de maman – un peu trop grande pour moi, quand même – et enfilé le baudrier légèrement abîmé de monsieur Roselier – un peu petit pour y loger des baguettes aussi grosses ; les miennes ayant été jetées à la poubelle.

Bref ! Ce matin, pour ma première tournée, je n’ai pas intérêt à me louper. C’est pourtant ce qui est en tain de se passer. Le ra de tambour de Miette étant un ratage complet.
– Mais non, que je lui fais. Ça ne va pas. La preuve…il n’y a personne./
Heureusement qu’on a commencé par une rue peu fréquentée. Parce que, si on avait démarré Place de la Mairie, c’est pour le coup que Benoît Praslon serait sorti de la mairie comme un beau diable, pour réclamer le tambour de maman !
– C’est Ran ran… ranpataplan ! Ran ran…, que je répète plusieurs fois à ma petite camarade. Ce n’est pas compliqué. Tout est dans le toucher. Parce que cet instrument, il a une langue, comprends-tu ? Il parle le « Vendeuvrois ». Comme d’autres parlent l’anglais, l’allemand ou le russe…Et en plus de la langue, il a aussi un accent. Selon le rythme que tu lui donnes. Et la manière avec laquelle tu bats. Ça, il faut le savoir. Alors, si tu te mets à en changer, ou à tout déformer, comme tu le fais en ce moment, les gens ne comprennent plus rien. Parce que, pour eux, ce que tu joues, c’est de l’hébreu…. De toute façon, le langage du tambour de maman est inimitable. Les Vendeuvrois l’ont tous dans la tête. Ils le connaissent, mot à mot. Pour ne pas dire son à son. Alors, ton rôle à toi, ce n’est pas de le copier, puisque tu n’y arriveras jamais. Mais de t’en approcher. À ce moment-là, ton tambour comprendra où tu veux l’emmener. Parce qu’il aura reconnu la musicalité de ma mère. Alors, tu pourras en faire ce que tu veux. Allez ! Vas-y… ! Puis, tape un peu plus fort. On n’entend rien.
Hélas ! Miette a beau essayer de nouveau, elle n’y arrive pas. En plus, elle n’a pas beaucoup de force dans les bras. Qu’est-ce que vous voulez ! N’est pas tambour de ville qui veut. C’est un métier – mais encore une fois, il y a des choses qu’on ne peut pas dire, sinon, après, on devient vexant.

Finalement vaincue, la petite de me tendre les baguettes, la mort dans l’âme.
– La seule chose que je sois capable de faire. C’est pousser la carriole, qu’elle fait en soupirant.

Et l’histoire de la carriole, j’ai oublié de vous en parler. C’est vrai. J’aurais dû vous le signaler plus tôt...
En effet, comme le tambour de maman est trop lourd, Miette et moi, on l’a mis dans la remorque à bicyclette, que mon père utilisait autrefois. Comme cela, pas besoin de le porter… On pousse ! Vu qu’on n’a plus de vélo.
C’est ce que j’avais discrètement expliqué à l’oreille de monsieur le maire, qui m’avait répondu : « Très astucieux ! »
Ran ran… rapataplan ! Ran ran… rapataplan… !

– Ce n’est pas ma faute. Je n’arrive pas à attraper le coup, qu’elle déplore.
– Il n’y a pas de coup à prendre. Suffit de se laisser guider. Comme je viens de te l’expliquer. C’est le tambour de maman. Et elle lui a donné sa voix. Si tu en changes, il est perdu. Et les Vendeuvrois aussi.
– Qu’est-ce que tu parles bien.
– C’est elle qui m’a formé.
Ran ran… rapataplan… !
Encore une petite fois. Ran ran… rapataplan… !

Le temps de laisser aux gens le temps de venir… Ça y est. Les voilà qui sortent… Patience… Ils approchent… Lentement…lentement... Un peu comme ces poissons qui font cercle autour de l’hameçon du pêcheur. Suffit de les appâter avec le tambour. On appâte…. On appâte. Puis, hop-là ! On ferre un bon coup, en lançant un « Aviss à la population ! » tonitruant…
IM-PA-RA-BLE !
Ah, le tambour… ! Il n’y a pas mieux que lui pour renseigner les gens du pays. Et bien meilleur en tout cas que le télégraphe ou le téléphone ! Puis, comme en plus, il n’y en pas beaucoup, à Vendeuvre, qui achètent le journal, ça marche à tous les coups.

Allez ! Un dernier petit rappel …
Plan plan plan plan plan plan plan ! Rataplan plan plan !
– Qu’est-ce que je t’avais dit ? Ils ont compris. Ils rappliquent.
– Normal. Ils ont l’impression d’entendre ta mère.

En un clin d’œil, nous sommes entourés. Littéralement enfermés. Et serrés de près.
Aussitôt, Vendeuvrois de s’étonner :
– Mais…c’est le fils de l’Arlette?
– Le personnel a rudement rajeuni à la marie.
– La pauvre ! C’était plus un métier pour elle.

Un rapide coup d’œil par-dessus l’assemblée. Grosso modo, tout ce que compte la rue en habitants semble à peu près là. C’est le moment. Le numéro peut commencer.
– « AVISS À LA POPULATION !
(Silence autour de moi…)
« Le maire informe les habitants qu’en raison d’une fuite, l’eau sera coupée rue des Voies de Vienne demain matin à partir de 9 heures…Qu’on se le dise ! »
Plan, rataplan !

– Quand est-ce qu’ils la remettent ?
– On ne me l’a pas dit.
– De toute façon, on s’en fout. On n’est pas concernés.

« D’autre part, il invite les personnes intéressées à s’inscrire à la mairie, au rôle d’affouage pour l’attribution des lots et les modalités de leur mise en œuvre. »
Plan, rataplan !
– Si c’est comme l’an dernier. Il y en a qui n’ont rien eu !
– Forcément ! Il y avait plus de candidats que de lots.
(J’aime entendre les commentaires. Ils sont rarement en faveur de la municipalité. Pourtant, monsieur Guérin ne le mérite pas. Mais le Vendeuvrois, s’il est généreux de nature, il est aussi « râleur ».)

« Enfin, il vous fait également savoir que le ramoneur passera lundi en huit. Aussi la municipalité conseille aux propriétaires de ne pas hésiter à utiliser ses services… Il y a encore eu trop de feux de cheminées l’an passé, dans la commune.
Plan, rataplan plan plan !
Et ainsi de suite… Prochaine station « Les Halles » !

Lorsqu’on arrive en fin de tournée, Miette et moi, on est fourbus…mais ô combien heureux.
Nous avons fait notre devoir d’information. Nous sommes les messagers de la municipalité. Les gardiens du village. Et pour faire court ! Les protecteurs des habitants de Vendeuvre.
Quelle responsabilité !

CHAPITRE 44

UNE AGRÉABLE SURPRISE


– On sonne !
Ma mère m’appelle. Je suis au premier. Il y a des jours comme celui-là où elle ne peut pas se lever de son fauteuil. Et comme chez nous, la nuit, on ferme toujours à clef, elle ne peut pas aller ouvrir.
Je descends – Qui est-ce qui peut bien venir à une heure pareille ? Il est huit heures du matin –.
Je jette un coup d’œil par la fenêtre. Zut ! Le père Vergeot, sur le trottoir d’en face. Qu’est-ce qu’il nous veut encore, celui-là ?
Je l’aperçois qui fait des signes à quelqu’un, que je ne vois pas. Vu qu’il est contre la porte.

Ça re-sonne. Décidément !
J’hésite. Il a tellement été désagréable avec maman. Je tourne la clef. J’entrouvre prudemment. Et là…je vous le donne en mille… ! L’Adrien Vergeot !
Il a garé son vélo sur la bordure du trottoir. En le bloquant avec une pédale…Dessus, sur le porte-bagage, il y a un gros paquet en carton.


Justement, le fils Vergeot, il y a belle lurette que je n’avais plus de ses nouvelles. Et je ne m’en portais pas plus mal.
Que ce soit à l’école ou au caté, il était toujours le premier à sortir. Puis, avec une allure pressée qu’on ne lui connaissait pas. Lui, qui était plutôt d’un naturel nonchalant. Même que je me demandais quel coup il était en train de nous préparer.
En plus, il avait rompu avec les Virgile Malterre, le chapardeur, Bertrand Dufour, le pouilleux et autre Quentin Leroy, le rouquin. Qu’on voyait déambuler, de temps en temps, dans les rues. Jamais ensemble. Et complètement désœuvrés. Eux qui, pendant des années, avaient pourtant été les meilleurs copains du monde. Que de tours ils n’ont-ils pas faits! Lesquels n’étaient pas jolis jolis. Même qu’à Vendeuvre, quand il y avait un coup de Trafalgar, on disait toujours : « Encore un coup de la bande à Vergeot ! »
Qu’est-ce qu’il s’était donc passé ? Je n’en sais rien. Leurs parents y avaient peut-être mis bon ordre. Surtout après la visite des gendarmes.

Soudain, j’entends un cri :
– Alors !!! J’attends !
C’est le père Vergeot qui vient de brailler.
Ce qui n’a aucun effet sur son fils. Lequel reste planté devant moi. Comme un échalas. Casquette à la main, et regard fixé sur le bout de ses godillots sans lacets.
Comme il ne dit mot, de l’autre côté du trottoir, on s’impatiente :
– Tu veux que j’y aille ? Vas-y ! Bougre d’âne… !
– Je… m’excuse, qu’il fait le fils. Mais si faiblement, que ma mère et moi sommes les seuls à avoir entendu.
– Répète !
– Je… m’excuse.
– Plus fort ! Vain Dieu de vain Dieu ! que son père hurle, sur le trottoir d’en face.
L’Adrien a le front trempé.
– Je m’excuse.
– On n’a rien entendu.
– Je m’excuse.
– Encore !
– Je m’excuse.
– PLUS FORT ! NE M’OBLIGE PAS À TRAVERSER SINON J’TE METS UNE CALOTTE !
– JE M’EXCUSE !!!

Le père Vergeot a l’air satisfait. Ce qui ne l’empêche pas d’enchaîner :
– Et maintenant ? Qu’est-ce que tu dois faire ?
Alors, Adrien de remettre sa casquette sur sa tête. – laquelle est informe à force d’avoir été torturée –. Puis de se diriger vers son porte-bagage. De défaire les tendeurs qui retiennent le paquet – lequel est imposant par la taille –. De l’ouvrir. Et de m’appeler.
– Moi, je tire. Toi tu retiens le carton, qu’il m’explique. Sinon, j’arriverai pas à le sortir!
De quoi veut-il parler… ? J’obéis…
Et là, qu’est-ce que je vois… ? Non. Je n’y crois pas ! Un superbe tambour. Même plus beau que celui que j’avais reçu en cadeau de Noël.
– C’est pour moi ?
– Oui.
– Ne refuse pas, fait son père. Il l’a eu à la régulière. Même qu’il a bossé pour te le payer !

J’ai sauté au cou d’Adrien. Et je l’ai embrassé. Ça a été instinctif.
Alors, chose curieuse, l’ancien chef de bande s’est mis à pleurer toutes les larmes de son corps. Pendant que derrière lui, on entend:
– Il était temps ! Sinon, j’allais m’en mêler.
Et les voilà qui tournent les talons. Tous les deux.
– Et ton vélo ! Adrien ! Ton vélo ! que je crie.
C’est le père Vergeot qui répond :
– Garde-le ! Il est à toi.

Les deux bras m’en tombent… Je l’examine de près…
Sans doute le vélo sans selle et aux roues sans pneus, qui rouillaient sur le tas, devant chez eux. Et dont maman avait parlé.
Il est méconnaissable. Les pneus sont comme neufs. Les freins ont été révisés. Le phare et la sonnette remplacés. Et le tout repeint…en rose – ce n’est pas la couleur que j’aurais choisie, mais cela part d’un bon sentiment –. Sans doute pour me rappeler mon premier tambour – Celui que j’avais fabriqué à partir du vieux fait-tout.

– Tu vois, conclut ma mère. Les Vergeot ne sont pas de méchantes gens.
Il suffisait de leur laisser le temps de s’améliorer.


CHAPITRE 45

UNE BONNE INTENTION


Ran ran… rapataplan ! Ran ran… rapataplan… !
Je suis Place de la Mairie. Une halte que maman ne faisait plus, pour punir les gendarmes, qui n’étaient jamais allés au bout de leur enquête. Lors de l’affaire Vergeot. Après avoir expliqué à monsieur Guiberler que les charges étaient insuffisantes. Faute de témoins. Ce qui avait provoqué la colère du père de Jean-Louis Boucher. Quand il avait appris la mauvaise foi de la maréchaussée. Lequel s’était alors récrié : « Ça ne va pas se passer comme ça !» Et était allé à la brigade pour faire part de son indignation.

Ce qui s’était retourné contre lui.
– Vous êtes venu comment ? que le chef lui avait demandé.
– À vélo, qu’il avait répondu en retirant ses pinces.
– On peut le voir ?
– Naturellement.

Le brigadier Renouard et Bertrand Blanchet, son adjoint, étaient sortis. Avaient tourné deux, trois fois autour de la bicyclette. Carnet à souche à la main.
– Pneu lisse à l’avant. Pneu lisse à l’arrière, avait constaté le premier.
– Ampoule défectueuse, avait fait remarquer le deuxième.
– Absence de plaques1…
Bref ! Comme en plus, les freins ne fonctionnaient pas, et quand on lui avait demandé comment il faisait pour s’arrêter et qu’il avait répondu qu’il freinait avec les pieds, il était reparti avec une forte amende.
– On m’y reprendra à témoigner, qu’il avait protesté. Maintenant, il peut se passer n’importe quoi à Vendeuvre, je dirai que je n’ai rien vu.
C’est l’injustice qui le faisait parler ainsi. Car tout le monde, sait bien, au pays, que le père de Jean-Louis est bon, comme le bon pain. Et que, dans les grandes circonstances, on pourra toujours faire appel à lui. Et qu’il répondra présent.
Pour en revenir à ma mère, et comme je l’avais déjà indiqué, les informations communales, elle préférait les annoncer un peu plus loin, rue Saint Pierre. Derrière le pâté de maisons, entre le café et le salon de coiffure, pour obliger les hommes de lois et leurs femmes à se déplacer.

___________________________________________________________________________

1. En France, les propriétaires de bicyclettes devaient s’acquitter d’une taxe (Loi d’avril 1 893, fixant la redevance à 10 francs). Ils devaient se faire enregistrer à la mairie, où une plaque leur était alors remise, avec leur nom et l’année du règlement, pour justifier le paiement de cet impôt. Par la suite, la plaque de vélo fut remplacée par un timbre fiscal délivré à Vendeuvre, « Chez Titine », un café dument accrédité (à partir de 1 943). Ce n’est qu’en 1 959 que l’impôt sur les vélocipèdes fut supprimé (arrêté de décembre 1 958).

Depuis, j’ai pensé qu’avec eux, il était temps d’enterrer la hache de guerre. D’autant plus que l’Adrien et son père avaient tenu à réparer leurs torts. En m’offrant un tambour dernier cri. Et… à ma taille.
C’est celui que je suis en train d’étrenner ce matin. Et je peux vous jurer qu’il s’agit-là d’une pièce de valeur. Et si légère que je n’ai même plus besoin de remorque à vélos pour le transbahuter.
Finalement, autant de tambours, autant de sonorités différentes ! Et avec lui pas besoin de taper comme un sourd. Il répond au coup. D’ailleurs, je me demande chez qui il l’a acheté ? certainement pas à la « pâtisserie-bonbons-jouets » de chez Bluet ?. Mais je sais qu’il ne me le dira pas.

Ran ran… rapataplan ! Ran ran… rapataplan… !
« Le maire informe les habitants … » Et ainsi de suite.
Une fois l’annonce terminée. Et alors que je ne m’y attends pas. J’aperçois un grand flandrin fendre la foule – je n’avais pas pu le voir avant, car il s’était fait oublier, en se mettant au dernier rang de mon auditoire –, et s’avancer vers moi. Pour me tendre un objet tout en longueur. Et emballé dans du papier journal.
– Je les ai faites exprès pour toi.
Le temps de défaire l’emballage – oh ! des baguettes de tambour !–, qu’il avait déjà disparu.

Depuis, j’ai remisé les baguettes de maman. Un peu trop lourdes. Et je n’utilise plus que celles d’Adrien. Plus à ma main.
En plus – comment avait-il pu le deviner ? –, celles-ci glissent parfaitement dans les logements cousus par monsieur Roselier dans ma bandoulière.
Mais ce que je sais ? c’est Miette qui me l’a appris, car, lorsque je tambourine, je suis si concentré que je regarde rarement le public, de peur de perdre le fil, vu que les arrêtés, je ne les lis pas ; je les apprends par cœur –, c’est qu’Adrien est venu plusieurs fois m’écouter. Et qu’il est très fier de me voir battre le ra avec son tambour.


À SUIVRE

 

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