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intellectuelle.
.......................LUCIE
..............................LA
FILLE
........................................QUI
VIVAIT
..................AU
MILIEU DES VIPÈRES
................................Un
roman
............................................................de
.............................................................
Christian Moriat
Chapitre 2
MISE EN GARDE
...L'histoire de commencer, telle
qu'elle vient d'avoir lieu, lorsque Paul Brisson, le fils de l'ancien
garde-champêtre de Darjevals a gourmandé Pierre et
« la jeunesse d'aujourd'hui », quand celui-ci a voulu
descendre de voiture, au mépris de toute sécurité.
Cette fois, par contre, c'était moi qui, à l'époque,
en avais fait les frais.
Voilà ce qu'il m'était arrivé...
- Hep là ! Vous allez où
comme ça ?
Surpris, je me retourne. J'aperçois un homme aux cheveux
blancs sur un vélo. Képi sur la tête. Et qui
s'arrête. Un pied par terre. L'autre sur la pédale.
Puis qui , brutalement, m'interpelle.
Plutôt maigre, il est. Visage émacié, barré
d'une imposante moustache. Qui lui retombe presque au niveau du
menton. Lui encadrant une partie de la bouche. Ce qui lui confère
une allure martiale, qui, instantanément, retirerait l'envie
de rire au plus rieur de mes concitoyens.
Il y va fort. Pourquoi autant d'hostilité
dans la voix ? Si au pays, ils sont tous comme ça, cela me
fait augurer du pire. C'est ce que, à l'époque, je
m'étais dit.
Dans quelle contrée le destin m'a-t-il donc fait atterrir
?
Il n'empêche que c'est le ton qui fait la chanson.
Qui est-ce ? Je l'ignore. Avec le soleil dans les yeux, je le devine
plus que je ne le vois. En tout état de cause, avec son couvre-chef,
sa veste bleue fermée par une ligne de boutons argentés
qui miroitent, puis la plaque de métal qu'il arbore avec
ostentation sur sa poitrine, tout en lui indique qu'il s'agit d'un
garde-champêtre. En d'autres termes d'une personne chargée
par le maire d'assurer la surveillance de la commune et de veiller
sur les biens de ses administrés.
Je suis d'autant plus étonné
que je n'ai pas enfreint la loi - me semble-t-il. Je viens juste
de remarquer un sentier. Mon premier réflexe étant
de l'emprunter. Comme le promeneur lambda que je suis. C'est tout.
Je n'ai rien fait de mal. Pourquoi cette grinçante apostrophe
? Je ne suis pas sur une propriété privée.
Que je sache.
D'ailleurs tout ici n'est que friches. Et les bâtiments que
j'aperçois là-haut, sur ma gauche, sont en ruines,
qui n'incitent guère à la visite. Sauf pour l’adepte
occasionnel de l'urbex¹ que j'étais alors, à
mes moments perdus. Tant l'exploration des bâtisses désaffectées
avait toujours excité ma curiosité. De par la passion
que j'éprouvais pour les vestiges abandonnés et leurs
secrets endormis sous pierre et poussière. Aussi avais-je
pour habitude de les fixer sur la pellicule, grâce au bon
vieux Leika, que souvent j'emportais avec moi - ce qui présentement
avait été le cas. Dans le but de garder leur mémoire.
Sinon, à part l'attrait que j'éprouvais pour l’insolite,
je n'étais qu'un simple randonneur.
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1. Discipline également
appelée "exploration urbaine de bâtiments désaffectés".
Contraint à séjourner dans la région, contre
mon gré, suite à une panne de voiture qu'un garagiste
indolent tardait à réparer. La faute, m'avait-il expliqué,
à une pièce qui lui faisait défaut, qu'il aurait
commandée, puis qu'il attendait. Sans, pour autant arriver.
Ce qui, toutefois, était sans gravité, car je n'étais
pas pressé.
Bref ! Après un court examen
de conscience, je ne comprends pas pourquoi cet agent communal en
a après moi.
Je n'ai point allumé de feux. Ce qui aurait été
extrêmement risqué dans cet enchevêtrement épais
de halliers d'épineux et d’herbages desséchés,
qui se présentait devant moi.
Je n'ai rien volé. Ni dans les jardins abandonnés.
Ni dans les "vergers" insignifiants (terme inapproprié
et ô combien pompeux situé en cet endroit triste et
sans attrait). J'aurais d'ailleurs eu du mal. Vu que la verdure
elle-même, avait définitivement déclaré
forfait. Et que rien ne poussait sur cette terre aride. À
part l'herbe mauvaise, haute et inhospitalière. Ce "paradis"
de la ronce, du fourré et de la plante urticante et piquante.
Pareille à la blonde tignasse d'un individu qui n'aurait
jamais vu l'ombre d'un peigne. Quant aux rares arbres à s'être
donné la peine de rester debout, ils émergeaient de
l'immense friche, en criant piteusement au ciel on ne sait quel
désespoir.
Non. Je ne faisais que passer. Et voilà que, sans autre forme
de procès, je me faisais arrêter à l'amorce
de la sente.
Malgré tout, je dois admettre,
de par la singularité des paysages auparavant traversés,
qu'il y a des lieux qui m'intriguent plus que d'autres. Or, celui-ci,
malgré son aspect peu engageant, en faisait partie. Un peu
comme s'il m'avait adressé un clin d’œil. Des
ruines au beau milieu d'une friche... rien de tel pour m'intéresser.
De toute manière, dès qu'un chemin me tend les bras,
mon désir premier a toujours été de l'emprunter.
Histoire de savoir où il conduit. Et surtout où il
aboutit. Émoustillé que je suis par la soif de l'aventure.
Et l'éventuelle satisfaction d'étonnantes et surprenantes
découvertes... Un joli point de vue - pourquoi pas ? -, une
fois parvenu au sommet de la colline de Pondière ? Puisque
c'est d'elle qu'il s'agissait. Une pittoresque cabane de berger
? Un étrange monument ? Une remarquable croix de chemin ?
Ou un édifice baroque, comme c'était le cas de celui
qui se dressait à main gauche ?
Il y a des endroits qui se méritent. Or, j'avais pensé
qu'ici, tel pouvait être le cas. Derrière les sauvages
rosacées ligneuses, les orties et la pierraille. En ce décor
hostile au possible. D'autant plus que dans la tremblante chaleur
de l'air, flottait un je ne sais quoi, qui maltraitait mes narines.
Et qui semblait émaner d'une sorte de gaz, que j’apercevais
au loin sous forme de fumerolles, et qui profitait des gerces de
la terre pour s'en échapper.
Ma parole ! On dirait... Pas de doute. C'est bien cela. Ça
sent l'allumette brûlée et l’œuf pourri.
Relents qui me rappelaient ceux émanés par des composés
sulfureux. Désagréable ! Et étonnant à
la fois. Il est vrai que j'étais au pays des volcans - aujourd'hui,
heureusement éteints.
- C'est à moi que vous parlez
?
- Forcément. À qui voulez-vous que ce soit ? Puisque
vous êtes seul ici.
- Qu'est-ce que j'ai fait ?
- Rien pour l'instant. Mais, si vous continuez, ça va venir.
Mes questions, visiblement, l'agacent. J'en prends conscience. À
l'instar de ces bêtassous qu'un uniforme transcende. Tant
cette dérangeante espèce en profite pour s'abriter
derrière. Afin d' accentuer un pouvoir qu'elle imagine plus
important qu'il n'est en réalité. Mais, patience et
maîtrise de soi ! Il aurait été malvenu d'irriter
les autorités rurales par trop de condescendance. D'autant
plus qu'étant contraint et forcé, je n'étais
que de passage. Et que je comptais passer des vacances tranquilles.
À l'abri des trouble-fêtes et des rabat-joie. Ce qui
ne semblait pas être actuellement le cas. Ici. Au village
de Lagarde-Darjevals. À moins d'être tombé sur
une exception.
- Vous savez lire ? enchaîne-t-il.
- Pourquoi me demandez-vous cela ?
- Vous avez lu le panneau ?
- Quel panneau ?
- Celui qui est derrière vous. Reculez. Vous le verrez mieux.
Je m’exécute. Et là, qu'est-ce que je découvre
? Au beau milieu d'un fourré...? Un écriteau rongé
par le temps, et qui m'avait échappé. À moitié
caché qu'il était dans un buisson d'aubépines
et de mûrons sauvages. Un panneau à moitié démantibulé
et de guingois, où il était écrit : "Danger
vipères", peint en lettres rouges, à peine lisibles,
parce que effacées.
Ah ! C'est pour éviter un accident qu'il m'avait prévenu
! Je m'étais mépris. Finalement, après m'être
intérieurement morigéné, force m'est de reconnaître
que cela partait d'une bonne intention.
- C'en est plein ! qu'il avertit.
- C'est dangereux ?
Il fulmine. M' accusant d' inconséquence.
Puis, prenant les cieux à témoin, il prend un air
consterné.
- Et il me demande si « c'est dangereux » ?! Je rêve.
Ah, vous êtes bien un touriste! Vous sortez d'où ?
Je lui dis que je viens de la ville
de Troyes, dans l'Aube. Une préfecture dans laquelle il n'a
sans doute jamais mis les pieds. Il faut admettre que le serpent,
ce n'est pas le genre de vertébré qui court habituellement
dans les rues de la cité tricasse ¹.
Il fait mine de s’inquiéter. Évalue à
quel niveau se situe mon inculture, par rapport à mon imprudence.
Puis avec indulgence, se met en devoir de m'expliquer, comme si
j'étais un enfant :
- Une vipère, vous savez ce que c'est, au moins ?
- Ça pique.
- Non monsieur. Ça ne pique pas, ça mord. Vous êtes
un drôle, vous.
Je lui avais alors répondu
que, ma situation de citadin ne m' empêchait pas de me rendre
de temps en temps à la campagne. Et qu' il m'arrivait d'en
rencontrer sur les berges de l'Aube. Non
loin de la plage de la petite commune de Bossancourt - dont il ignorait
bien entendu l'existence -, endroit où j'allais habituellement
me baigner. Et je tenais à lui préciser que j'en avais
même vu qui nageaient dans la rivière.
L'homme de compléter mes connaissances en m'informant qu'il
s'agit d'une espèce semi-aquatique capable de rester une
quinzaine de minutes sous l'eau et d'avaler des poissons tout en
nageant. À moins de l'avoir confondue avec des couleuvres,
objecte-t-il. Lesquelles sont également abondante dans l'espace
que je souhaitais visiter.
- Ce ne serait pas plutôt une anguille, que vous auriez vue
? ironise-t-il... Vous faites quoi comme métier ?
- Instituteur.
Et le voilà qui s'esclaffe de plus belle.
- M'étonne pas. Avant d'instruire les autres, les enseignants,
feraient pas mal de s’instruire eux-mêmes. Vous n'avez
qu'à interroger les enfants d'ici. Vous verrez. Ils connaissent
tout des serpents. Il y en a tellement par chez nous. Surtout aux
abords des ruines. Vous êtes descendus où ?
- Je suis en pension. Aux "Lauriers Roses".
- Ah ! Chez les sœurs Bellemanière, fait-il avec satisfaction.
Forcément, c'est la seule au pays. Vous n'êtes pas
malheureux. Elles sont agréables. Et la popote est bonne...
Vous comptez y rester longtemps ?
- Une petite semaine. Le temps que le garagiste répare mon
automobile.
- Ce qui vous laisse le temps de visiter la région. Vu que,
question boulot, le Maurice, c'est pas un violent. Quoi qu'il en
soit, au pays, il y a des endroits plus amicaux que celui de la
colline de Pondière, au pied de laquelle vous vous trouvez.
Un conseil : évitez donc de traîner par ici. Sinon,
vous allez avoir maille à partir avec nos vipères
rouges. Surtout chaussé comme vous êtes en espadrilles
! Et en short ! Je vous demande un peu ! Mettez des bottes en caoutchouc,
puis des
pantalons longs. Nom de d'là ! En attendant, écoutez
ce que je dis.
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1. Autre nom de la capitale
de la Champagne. Les Tricasses étant un peuple celte, installé
sur les rives de la Seine, ainsi que sur une grande partie du département
de l'Aube.
Puis le voilà qui enfourche son vélo. Et amorce un
départ :
- Sur ce, à la revoyure.
En ajoutant, plus loin :
- Et habillez-vous correctement !
..........................................................................À
SUIVRE